lundi 30 décembre 2013

Et il l' aima autant qu' il aimait la lueur du Ciel

Millais : La couronne de l' amour.




Vite , il ne reste plus que quelques jours pour aller voir "Désirs et voluptés " à Jacquemart -André.

Chair contre chair, peau contre peau, doigts aux serrures,
Main d' assassin , seins assidus , paumes émues,
Mort lendemain, dès maintenant rien ne remue,
Aux matins mous nos amours nées vite moururent.

Il n' en resta plus qu' un ,vainqueur d' anciens tournois.
Parce que lui seul comprenait qu' elle était folle,
Comme de purs martyrs aux vifs brasiers s' immolent,
Il se plut à chasser les prétendants sournois.

Devant aucun dragon ni démon ne recule,
Car seul il a su lire en ses yeux exaltés,
L' élixir du divin de la chèvre Amalthée,
Afin qu' en nulle Olympe il ne soit ridicule.

Il pleure les défunts fruits des jardins d' Eden
Pourfendant le défaut affleurant dans l' ordure,
Il combat pour l' honneur de la beauté qui dure,
Dieu, ma femme, mon roi, ainsi-soit-il, amen.

Il fait jaillir la source de l'abrupte roche,
L' esprit, l'âme ont inscrit sur son front clairvoyant,
Les secrets ténébreux du jardin verdoyant.
C' est lui le chevalier sans peur et sans reproches.





Bonne année , les irrésistibles et irréductibles!

jeudi 19 décembre 2013

veni vidi victus sum

Le Primatice: Ulysse et Pénélope.

Peut -être pour une ombre il avait l' air de rire,
Ce jeu roulette russe entre humour et hasard
Poussière de cosmos , magnétique bazar
Le bruissant masque d' or où un astre se mire.

Sans doute une lueur l' a préservé des morts...
Mords à même la peau avant que ne t'attrapent
Les serres de l' étau d' un immortel satrape,
Matamore immoral sans le rai d' un remord.

Cache-cache létal immolé de pétales,
Tu saigneras l' encens dans un prisme de sang,
Jamais, n' oublie nos rendez -vous luminescents,
Maudit le pleutre soit, le traître ne détale.

Le printemps s' est livré aux paumes de tes mains,
Se peut-il que l'étouffe un pli d' étoffe grège,
Se peut-il que l' enfouisse une chape de neige
Si l' atlas s' illumine aux nobles lendemains...

Sculpte les auréoles d' oves impavides
A mes yeux aveuglés d' hiéroglyphes flambants,
Afin que condamnés, suppliciés , succombant,
Ils honorent tes doigts aux phalanges avides.
                                                                                                                                                                                       




dimanche 1 décembre 2013

Règlement de con

Klimt: la vie et la mort.



Les hurlements, le sang, la peur, les pluies de flammes.
Plus de pères, de fils, en face un mur amer.
Des marées de douleur, des mères à la mer
Du mortifère éther de gaz fondant en lames.

L’âme de notre terre étreignit ses mourants
Suintant leur rédemption par tous les orifices,
Elle a longtemps crié le mal du sacrifice
D’enfants abandonnés au feu de ce courant.

Vous fûtes les enjeux de scabreuses affaires
Innocents héritiers aux ancêtres maudits,
Condamnés à errer de ghettos en taudis,
Vos destins diffamés défaits en haute sphère.

La pluie a raconté tant de larmes séchées,
L’été trahit parfois l’ardeur de vos supplices,
Quant au juillet d’hiver aux glaciales milices,
Je ne sais de saison qui ne soit ébréchée.

Si vains si  mensongers ces mots dits qui relancent
Une innommable haine à ne plus prononcer,
C’était un mauvais songe, à quoi bon dénoncer
Une indicible horreur, par pitié, du silence.


A mes arrières grands-mères, au chemin des grands jardins et  tant d’autres, et aux imbéciles pardonnés qui me croient antisémite, si on ne peut plus rire de soi même c’ est que tous les combats pour la liberté sont vains. Donc je persiste à dire que « loin de moi la nostalgie des fours crématoires, mais vraiment il fait froid. »







jeudi 21 novembre 2013

Aux loups soeurs

Les frères Carrache: Rémus et Romulus alimentés par la louve romaine.


La terre n' est pas tendre à ses intermittents,
 Les parieurs du hasard sur des roulettes russes
 Défiant les blizzards au nom du roi de Prusse,
 Tambours guère battants de troisième mi-temps...

 Les manches rapiécées, nonchalamment ils errent,
Sourires mal rasés aux bouches assoiffées,
Un visage d' enfant aux rêves décoiffés,
La larme au coin de l' oeil, fredonnant de vieux airs.

 L' attente a délaissé les pics de leurs rivages,
Entre deux vins, deux mers, deux destins , entre deux.
Au littoral jonché de cadavres hideux
Nulle voix égayée n' annonce d' arrivage.

 Nul cor ne retentit pour ces loups solitaires,
 Hors le cri abyssal de murène, peuplé
 De sirènes de grotte aux antres décuplés,
 Sanctuaires scabreux, sulfureux presbytères...

 Ces détrousseurs de morts avides de butin,
 Leur trésor momifié s' est mu en boue liquide,
 Prisonniers de harpie à la langue bifide,
 Ils hâtent leur naufrage en se croyant mutins.

 Alors échoués,détruits n' ayant plus rien d' un homme,
 A d' anonymes seins ils vont téter le sang,
 Monstre, bête ou sorcière au laitage indécent,
Cette femelle-là les fera fonder Rome.





Matmatah - Derrière ton dos - Vieilles Charrues... par deepexperience

jeudi 14 novembre 2013

L' être ange étrangleur

Munch: séparation



La mort est la minute brève,
La caresse trop affermie,
 De l' épiderme honnie amie
 Mettant un terme à de beaux rêves.

 Pont de mains sur mon cou muet,
Tragédie ou opéra bouffe,
Etau si serré qui m' étouffes,
Amuse-toi des os fluets.

 Ce sang coulera dans mes veines,
 Aussi longtemps que les bouffons
Qui croient engendrer...Ainsi font
Les démunis de la déveine.

 Comment as-tu pu menacer
Jusqu' au gémissement fugace,
La pauvre hère qui t' agace
 Sans aucun trésor amasser.

 J' aurais pu tout te pardonner,
Des traumatismes pairs et mères
 Les faims , froidures ou misères
Mais cesse de me sermonner.

 Ou regarde toi dans la tourbe,
 Nous errons tous pauvres humains,
 En ignorant quels lendemains
 Nous prépare un sol qui s' embourbe.

 Je hais le sauvage empaleur,
 Ma colonne brisée se courbe,
 Aucun menteur, sordide fourbe
 N' a jamais su m' offrir de fleurs.

 Des étrangleurs? Mais quelle horreur!

 

jeudi 7 novembre 2013

Ils auront douze ans et déjà des dents

Turner: Shadrak, Neshak et Abed Nego dans la fournaise ardente.



Mea culpa, car j' ai plus d' enfants que de dents...

Par pitié pardonnez la mère iconoclaste,
L' infanticide dame aux lames aiguisées,
L'infâme préceptrice aux âmes déguisées,
Guerrière maïeutique, va , détruis, dévaste!

Je hais les nourrissons, hurlant, tels des damnés,
L' adolescent rebelle n' est pas de ma caste,
Les femelles pubères aspirant aux fastes
N' exhalent des fatales qu' un succédané.

Ces nains se croient géants, pauvres petits Narcisses,
Noyés aux noirs fluides d' orgueils ténébreux,
Toujours plus niais, plus vils, plus impies, plus nombreux,
Ignorants des vertus mais adeptes des vices;

Sertis de certitudes, ceints de singerie,
Ces donneurs de leçons aux bouches chrysostomes,
Ne savent ni volume, ni page , ni tome,
Mais croient redécouvrir les ors des vieilleries.

Or moi de race ancienne le fier rejeton,
Ambitionnant l' estoc, le poison, la noyade,
J' aspire à me mouvoir, maléfique naïade,
Au sein du génocide de ces avortons:

Briser leurs os débiles dans leur corps malingre,
Griffer leur peau laiteuse de larve avortée,
Uriner le déluge aux minables portées
Qu' Asmodée inspira, jouant son violon d ' Ingres...

Ils portent des adultes toute fatuité...
Je ne m' attendris pas, je vois leur avenir,
Figé dans le glacier, dans l' ombre , le menhir,
S' ils nient l' éternité, c' est la perpétuité.

samedi 2 novembre 2013

Ma nympho ma soeur

Bartolomeo Veneto: portrait de Lucrèce Borgia.



Ou la ballade des femmes du temps jadis



C' était au temps de la paresse
Lors des otium délicieux,
Des dandys propres mais vicieux
Devenaient fous sous nos caresses...

En vérité j' aimerais dire...
Heure sordide, instant si laid
Le corps sang ciel lourd oscillait
Faut -il pleurer charmante Elvire?

Confier que ceci est bien triste,
Marchander ce qu' il faut donner,
Laisser les nuls fanfaronner
Qu' à l'or aucun coeur ne résiste..

Qu' alors nos doux gémissements
n' étaient que cirque et comédie,
Nul mâle hélas ne remédie
A cette pénurie d' amants.

Ah, pouvoir enfin confesser
L' atroce peur des vieux malades,
Le dégoût d' amères salades
Débitées entre deux fessées.

Mais que veux -tu cela m' a plu,
Tout bonheur mérite un négoce,
A tout pécheur sa nuit de noces
L' éternité est en surplus.

Alors si d' obscurs pudibonds
Fermant jadis les maisons closes
Se font par de récentes gloses
Clouer leur gueule de gibbon,

Fi, ne va pas te compromettre,
Tant de nos soeurs voudraient payer
Ce que nous pouvons monnayer
Quand nous voulons nous faire mettre.

Courtisane est un vrai métier
Dont je me fais le bon apôtre,
Les douées s' en sortent, les autres...
Avec cyprine et amitié.

Orfeenix

les 343 salauds.

Désolée, je ne connais pas d' autre pute qui chante...

mercredi 23 octobre 2013

reine de la nuit

Van Dongen : le tango de l' Archange.


Crois -tu m' emprisonner,
Je vole délétère,
J' aurai quitté ta terre
Sans même raisonner;

Dans ta geôle d' or
Bourreau tu m' emmenas,
Bouclant tes cadenas,
Beau Cerbère tu dors.

Nous dansâmes serrés,
Nos corps fondus en lave,
Nos fluides sang et bave
Fécondés , enterrés.

Je suis reine des nuits
J' abhorre tes schémas,
Pardonne à qui t' aimas
Mais déteste l' ennui.

vendredi 27 septembre 2013

Les absents ont toujours raison

Delvaux: Vénus endormie




L' absence épanouit la nuit de la distance,
 La main ne palpe plus que contours atrophiés,
 Le regard s' asphyxie d' illusions déifiées
 Dont l' être a imprégné sa mâle persistance.

Maladie sans remède aux voulues surdités,
 Le manque est un mystère méconnu des mages,
Affamé de chimères, rassasié d' images,
Nourri aux spires de sa propre absurdité.

Les disparus d' ici, fantassins des ailleurs,
En duels déloyaux contre eux se font la guerre,
Les amants délaissés, les aïeux de naguère,
Au lettres humectées par des mots mitrailleurs,

Où s' en sont-ils allés, vers quelles quêtes vaines,
Comment n' ont ils pas vu la bouche qui hélait,
Entendu les secrets que des lèvres scellaient?
Ils traînent aux enfers leur pesante déveine.

Ce qui se lie à terre au ciel n' est pas délié,
La marque de nos liens s' imprime dans nos chairs,
Peut on compter pour rien ce qui valait si cher,
Déchirer tant de pages de nos peaux reliées!

Honnie soit la vieillesse que plus rien ne tente,
Si aucune lumière ne teint l' horizon,
En ce marasme obscur où nous nous enlisons,
Surtout ne pas partir mais préférer l' attente.







vendredi 16 août 2013

Velkommen

Grimshaw: Lady of Shalott


A la fin tu reviens,
Mes amours isolées
Faisaient un mal de chien
Au coeur camisolé,

J' ai dû saigner de l' âme,
Du haut mal perforée,
Dans les relents infâmes
D' odeurs décolorées.

Le miel n' est plus sucré,
le soleil est en larmes,
le ciel n' est plus sacré,
La lèvre n' est plus parme.

Tu ne saurais savoir,
Ma langue n'a goûté
 Rien qui puisse se voir,
Ce qu'il m' en a coûté.

J'espère que la faune
Loin de ton île immonde
Sous l'onde d'un cyclone
S'effacera du monde.

Bientôt ma sépulture,
Profilait sa silhouette,
La terrible sculpture
Profanée par les mouettes.

Fragile est le trouvère
Laissé à sa folie,
Peinant en son calvaire,
Les forces amollies.

Si cet antre est ton havre,
S' il t' y faut séjourner,
C' est le corps d' un cadavre
Que tu vas retourner.





jeudi 8 août 2013

Prophètes vos papiers

Burthe: Sapho jouant de la lyre  ( exposition la femme et la mer au musée Eugène Boudin à Honfleur)


L'oeil qui est dans la tombe va-t-il se fermer
Ou rester grand ouvert comme l' orbe de paon?
Jusqu' à quand espérer que la graine germée
Parvienne à détourner les ruses du serpent?

Notre terre , nos mers qui êtes aux cieux,
Ne croyez pas en l' homme qui croit vous créer,
Il projette sur vous ses desseins ambitieux,
Expressions de ses imprécations maugréées .

Qui pourra inventer les nouvelles couleurs
D'un arc en ciel offert, fertile arche d' alliance,
A quel noble artisan, quel génial rémouleur,
Proposer d' adoucir la forme sans méfiance?

Elie, Elysée, Ezéchiel, Job, Malachie,
Pourquoi restent -ils sourds à toutes vos sentences,
Le monde est un immense navire en partance.
Il tangue et va sombrer , quel terrible gâchis.

Je vois le feu, la flamme, le frisson, l' effroi,
Les esprits morfondus,les squelettes brisés,
L'insupportable ardeur, l' irrépressible froid
Des regards insoucieux des ailes irisées;

Et pourtant, elle tourne, volute implacable,
Du fond de nos misères en forme de Croix,
Suivant incognito sa logique imparable,
Malheur aux vierges folles qui en rien ne croient.





Si Dieu n' est pas aux fondations de la maison, c' est en vain que travaillent ceux qui cherchent à l' édifier.

mercredi 31 juillet 2013

Fornication Under the Control of the King

Géricault comme les murs

 Enfin, je vous le dis, tout se meut pourriture,
Les perles en pourceaux, les puceaux en pervers,
 Tout brûle et défraîchit, les bosquets , les prés verts,
 Et tous ces mots d' amour pesants de fioritures.

 Ceux en qui l' on croyait ne sont que chair exsangue,
 Encore un peu de temps, ils se sont affadis,
 Nul reflet ne sublime un passé enlaidi,
 Qui pourrait raviver leur goût à coup de langue.

 La chair est corrompue mère des esclavages,
 Nul espoir n' est permis hors du désincarné,
 Le corps cible facile aux yeux vite cernés,
 Tôt subit des années le terrible ravage.

 Quant au ciel entrevu, noyé dans les brouillards,
 Il est le doigt pointé sur tant de défaillances,
 Nos fêlures striant l' émail de nos faïences,
La passion est l' aumône accordée aux trouillards.

 Rions un peu avec l' autosuffisance et le degré de

spiritualité masculins:

lundi 22 juillet 2013

L' eau bout à cent degrés et moi bien avant.

Bouguereau: Oreste fuyant les érynies.

 C' est la moite saison de l' humus putréfié
 Prompt à restituer l' arôme des cadavres,
 La terre desséchée n' est plus l' humide havre
 De la flore livide aux feuilles raréfiées.

 La vie microscopique grouille en toute chair
 Dont prématurément la viande se faisande,
 Les vers blancs triomphants dansent la sarabande
 Tel un bal de damnés qui par orgueil péchèrent.

 Quant à mes congénères des congés payés,
Plus bruyants et plus nus qu' une sorcière en transe,
 Exhalant une sueur nauséabonde et rance,
 Ils rient d' aise au soleil, sans raison, égayés.

 Tous mes sens agressés me supplient en silence
 D'apaiser leurs tourments dans l' asile isolé
 D'un sommet rafraîchi ou d' un froid mausolée
 Loin des veillées où grille l' os des pestilences.

 Les nobles animaux à la langue pendante
 Sous quelque frondaison gisent tous, affalés,
 Buvant quelque rasade d' air vite avalée
Au sein d' une fournaise de bouffées ardentes.

 Et pour bouquet final, cruelle ignominie,
 Le monstrueux assaut de bruissantes cohortes,
 Lubriques mouches, mites ou rampants cloportes,
 Miroirs de mes enfers comme des érynies...

mardi 2 juillet 2013

Je vous salis ma rue

Henrik Stefan: le bon samaritain

http://froufroudanslesfeuilles.blogspot.fr/2013/06/foot-contre-sang-bienvenue-au-bresil.html

Arpenter les trottoirs comme fleur de pavé,
 Pour déceler le lys en tant de monde en marche,
 Quelque élu du salut , un rescapé de l' arche,
 Un regard préservé des ondes dépravées.

 Visage, Saint Suaire aux lueurs pétillantes,
 Qu' ont fait ces gougnafiers de ta vraie dignité,
 Ta flamme s' est éteinte en toute impunité,
 Parmi les détritus , les mégots et les fientes.

 Les gagnants de la course aux serres de rapace,
 Les championnes de solde aux frivoles paquets,
 Les usuriers vainqueurs de clients arnaqués,
 Usagers prélassés d' au delà qui trépassent

. Je te salue ma rue,ailleurs on te nettoie,
Des clochards dont l' image transgresse une coupe,
 Ici au moins on offre encore un bol de soupe,
Reste terre d' asile , accueille les chez toi.

 Le jour où les perdants de tous ces jeux iniques
 Devant les apparences devront s' incliner,
 Bravant mes origines et ma destinée,
 Que j' explose aux éclats d' un fou rire cynique.


mardi 18 juin 2013

Quand il ne reste plus que le silence...

Fussli: le silence



Quand se sont clos les yeux des mourants immortels,
Sous les doigts les lueurs coulent en grains de plage;
Ni les pleurs ni les pluies des brûlures soulagent,
Le souvenir stagnant s' estompe en tons pastels.

Taciturne le temps, muet le sablier,
Atones les accents...Un mot méconnaissable
Tente hasardeusement enfoui sous les sables
De livrer le secret de l' or des Templiers.

Mais aucun alchimiste à la fin n' arracha
Le prix de ranimer la chair qui se nécrose,
Ce qui survit, ou dort, ou se métamorphose
Etreint dans son écrin l' esprit de son rachat.

J' ai refusé les liens pour échapper au deuil,
La mort s' est contentée de mon cerveau binaire,
Merci de m' épargner les cibles liminaires,
Tambourinant à l' huis mais clouée sur le seuil.

Si la justice doit aplanir sa balance
En enfonçant son glaive au coeur qui me soutient,
Saignant le souffle et l' âme que tu as fait tiens,
Pour mes condoléances, je veux du silence.


mercredi 5 juin 2013

Tout le monde s' éclate ...

 Goya: Chronos dévorant ses enfants

 La minute figée,le kayros, l' heure exquise,
 La gloire à l' état brut, la médaille arrondie
 D'horloge pétrifiée qu' un rai brûlant fondit,
 L' aurore boréale baignant la banquise.

 Ce plaisir savouré que sonne l' immédiat,
 Plus fugitif que fange avant céleste ardeur,
 Plus vaporeux que vierge aux fugaces candeurs,
 L' instant tant glorieux, demain y remédia.

 C' est mirifique titre à la fin empoché,
Pactole inattendu,célébrité peut-être,
 Edifice flottant au dessus du salpêtre,
 Vainqueur sanguinolent, sans dents, les yeux pochés.

 Et puis c' est la descente après cette entrevue,
 On tutoyait la nuée à béance entrouverte,
 Il faut s' en retourner au gré des marées vertes,
 Repasser les échecs des matins en revue.

 L' éclat, cet or brutal, aux rayons éphémères
 Est le cadre sournois du lit de nos ennuis,
 L' aube est interrompue de mille et une nuits,
 Le glas de ces ébats crisse d' un rire amer.

 Saisir l' éternité, étreindre la durée,
 Sourds aux années qui passent , hideuses menaces,
 Enlacés sans ces liens qui blessent et qui lassent,
 Offrons au dieu du temps nos amours épurées.

mardi 21 mai 2013

Charité désordonnée

Otto Dix

Défunte est la pitié,asséchées les paupières,
Le clochard peut croupir sous un pont lézardé,
Le funambule au bord du fil se hasarder,
Toute veuve éplorée me laissera de pierre.

Assez de ces bontés que le monde vénère,
Même le pauvre hère a perdu sa saveur,
Ils ont volé l'aumône des mains du sauveur,
Les fausses charités,l'orgueil les rémunère.

Bienfaiteurs associés pour tant de nobles causes,
Au nom de tous les maux créant des groupuscules,
N'espérez pas de don de mon maigre pécule,
Ma poitrine est vidée de son organe en pause.

Où vont les démunis dans les gouffres noyés?
Notre état les fabrique,alors qu'il s'en occupe!
Il crée assez de pions pour de tels jeux de dupes,
Qui donc paiera le mien si je paie leur loyer?

Pourtant j'ai désiré partager mon manteau,
Ajouter une assiette à quelque errant qui passe,
Consoler du passé que la douleur ressasse,
Guérir les cécités,ouvrir tous les vantaux.

Mais les nécessiteux sont une armée des ombres,
Une hydre aux mille faces en vain repoussée,
Une moue de refus,humble épée émoussée,
Finit par défaillir assaillie sous le nombre.

Quand sonnera la trompe de l'Archange au glaive,
 Cherchant ceux qui auront visité des prisons,
Couvert des nudités en de froides saisons,
Mus par tous les élans que les ardeurs soulèvent;

 Que l'air se raréfie,que s'essouffle la plèvre,
Que se crispent de peur tous les membres tordus,
Si mon cœur au déclin est à jamais perdu,
Je veux avidement le boire sur tes lèvres.

lundi 29 avril 2013

Mentez, mentez, il n' en restera rien.

James Ensor: la mort et les masques.

 Si ce n' est envolée de sage en sa folie,
 Hallucination de voyant schizophrène,
 Conte pieux de parent qui son chagrin refrène
 Face au proche expirant dans son corps amolli;

 Si ce n' est trahison de la mémoire en friche,
 Portrait flatteur d' amant de l' aimée trop épris,
 Colérique transport outrant tout son mépris,
 Coquette qui se peint, jeune cancre qui triche;

 Si ce n' est le roman des univers meilleurs,
 Le trait enjolivé des courbes insensées,
 La statue au regard perdu dans nos pensées,
 Le rêve mélodieux d' ondes jaillies d' ailleurs;

 Tout acte qui recrée, suscite ou transfigure
 L'image du vivant souillée des boues primales,
 La transe de l' orant et l' extase anormale
 Des prophètes nouveaux aux sinistres augures;

 Honnis soient les fauteurs de notre cécité,
 Répétant après l' Autre que nous sommes dieux,
 Mêlant le clair au faux en fluides insidieux,
 Ils appellent Lumières notre opacité.

 Si brisée, muselée, j' ânonnais une phrase,
 Afin de démentir ces infâmes sauriens,
 Ce serait l'hymne sans lequel je ne vaux rien:
 "Que la vraie charité toute la terre embrase."


 

vendredi 19 avril 2013

Autoportrait ( attention, fragile)

Füssli: le fameux cauchemar

 Vierge folle ou trop sage, docile à lier,
 Calfeutrée de cocons, suffoquant d' impostures,
 Evanouie d' ivresses dans les vies futures,
 Je n' ai pas eu d' enfance ou je l' ai oubliée.

 Du rien, du creux, du vide, et à perte de vue
Le néant d' horizons qu' aucun souffle ne hante,
La grisâtre fadeur que nulle aube ne tente,
Seuls des rêves teintés que l' on passe en revue.

Happée par les abîmes, broyée de malaise,
La fuite pourquoi pas, se suicider peut être,
Ecrire sous les chaînes, lire sous les hêtres,
Je fus nonne une année , fermons la parenthèse.

Sainteté, sainteté, ma beauté ma passion,
En armure, à l' épée, je me suis fait pucelle,
Mériter les trésors dont le ciel étincelle,
Sainteté, sainteté, mon voeu, mon obsession!

 Je me suis crue nimbée des amères couronnes
Offertes au martyrs qui t' ont tout sacrifié.
Mais que vaut un stigmate de chair scarifiée
Quand l' hymne est psalmodiée par une voix aphone?

Quand l' air pur est trop haut, peut on me pardonner,
Si maculée de boue ou avide de miasmes,
J' aspire goulûment en tressautant de spasmes
Quelques modestes joies qu' on veut bien me donner?

Ou bien jusqu' en enfer où tout mon corps s' enfonce,
Devrai je encor subir en mon soir harassant
Avec le doigt levé et son oeil menaçant,
Ce grand inquisiteur éructant sa semonce....






samedi 6 avril 2013

Tout fout le camp même Satan, mais où sont les diables d' antan?



Blake : dragon rouge ( L' Ange du bizarre, encore )


Le mal suprême même erre désenchanté,
 A quel juste vouer un délictueux mensonge?
 Où quérir l' être pur que les erynnies rongent?
Quelles âmes corrompre? Quelle chair tenter?

 Pauvre lune échouée en vain ton ancre mouille
 Au ciel des cauchemars,toi l' épave amarrée;
 Nul ne craint le rayon de ton oeil effaré
 Sur quelque horrible pose d' affreuse gargouille.

 Diable est mort! Diable est mort!Diable tourne le dos
 Au monde indifférent qui se change en cloaque,
 Ce sont eux les serpents à la langue qui claque;
 Leurs blasphèmes sifflants s' élèvent crescendo.

 Satan est désoeuvré, Satan est au chômage...
 En Docile apprentie à toutes ses leçons,
 L' humanité l' imite enfin à l' unisson,
 Mécanique conçue à sa sordide image.

 Lucifer perd l' espoir,invoque l'Esprit Saint,
 Implore le secours d' une autre Pentecôte,
 Supplie de s' incarner pour expier sa faute:
 Il sent qu' il a nourri un aspic dans son sein.

jeudi 28 mars 2013

La dignité de l' Etre (Vendredi Saint)

Grünewald: rétable


Mon être, ô ma beauté, façonné dans la boue,
Toi la branche affiliée au tronc qui est ta souche,
Toi l' astre déclinant qui pour naître se couche,
Satellite alité, le ciel te tient debout.

Que glapissent les cris exerçant leur violence,
Que fouaille l' épée du mensonge asservi,
Que la haine vomisse le faux aux parvis,
Sans cesse ta genèse à la splendeur relance.

Tu me suis aux Enfers, intelligent Orphée
Je suis née de ta côte, compagne de lutte,
Ton chant de ralliement s' échappant de ta flûte
M' a tirée du néant, du poison de Morphée.

J' espère que l' aspic écrasé par la Dame,
Sonnant la mort des corps, ô cor de Jericho,
Envoyant au désert des boucs, des bourricots,
Ne soupèse pas même une pelletée d' âmes.

Le pardon est acquis à qui donne sa part
De ce qui s' est promis parmi les hémisphères,
De ce qui est remis sans jamais satisfaire
L' envie des fins de vie ou des nouveaux départs.

Aux temps des démissions, à qui donc se fier?
Que croire , que penser, quand les heures s' agitent,
Où vont les rémissions, qui m' offrira un gîte,
Sinon tes gigantesques bras de crucifié?


"La Mère se tenait douloureuse,
Près de la Croix, baignée de larmes,
Là où pendait
Son Fils."

samedi 23 mars 2013

Noctifer ou le monologue de l' incestueuse mère d' Adonis.

Schwabe : la mort et le fossoyeur ( tableau vivant que l' on peut admirer pendant l' expo ainsi que le cauchemar de Füssli  et un Von Stuck à s' évanouir!)

Si vous aimez le romantisme noir de Füssli ou de Goethe, les sombres mythes entre sorcellerie et monstruosité, les symboles maléfiques et panthéistes, ne manquez pas l' exposition parfaite "l' ange du bizarre" à Orsay.



Vade retro, Nom noir comme une noire suie!
Va-t-en ô désespoir,quitte moi vide ennui!
Sors d' ici, suicide dont l' assaut me suit!
Quitte moi froide quête qui glace mes nuits!

Maudite dès l' aurore , éreintée de remords,
D'un inceste létal le souvenir me mord.
De ce sphinx opalin l' énigme me dévore...
Achève au crépuscule enfin ma mise à mort!

Nulle aube boréale à ce mal méconnu,
Comme pureté vaine d' un ange ingénu,
Comme un corps violacé, comme une vierge nue,
Mes fluides ont souillé ta carcasse charnue.

Le Ciel ferme les yeux mais ton sang crie vengeance!
La honte clôt mes cieux et mes viles tendances
Me poussent à l' orgie en de macabres danses.
Mon âme est un enfer aux âcres relents rances.



Pour achever la visite , voici selon moi une version du célèbre Dies Irae de Verdi bien plus nuancée que celle du trop vénéré et saccadé Karajan.




jeudi 14 mars 2013

GI Joe

 Stearns: farmer ( il s' agit de Georges Washington, inspectant ses esclaves, badine à la main)

 Va tendre ton poitrail aux meutes qui te raillent,
 Héros d' un jour défunt voué au crépuscule,
 Ton histoire avortée s' écrit en minuscules
, Ponctuée de tes poings criblés par la mitraille.

 La fleur de nos pavés, un triste maréchal
 Constitua ce grand oeuvre dans tous ces états,
 Paraphé de ton sang négrier, gros bêta,
 Tes pères t' ont vendu, pondant le plan Marshall...

 Pas un Juif immigré pour mettre le hola,
 Le génocide indien fut le pacte des Loges,
 Un règne de crapules que rien ne déloge
 Nous noie dans un déluge de coca cola,

 Mêlant le mal immonde au purin puritain.
 Pauvre Joe disgracié, ta femme fait la belle,
Tu touches ta pension mais elle se rebelle
 Croyant se libérer en faisant la putain.

 Quelque secte démente lui promet le ciel,
 L' air du temps lui ordonne de dominer l' homme,
 D'effacer mômes et mari d' un coup de gomme,
 Pour se greffer un utérus artificiel.

 Amère loque cousue de lambeaux d' Incas,
 Après la défec..tion d' un pape incontinent,
 Il manquait ce fleuron au fourbe continent:
 Un Jésuite argentin...Nul doute, c' est un cas.

Quant à ton président à l' unanimité,
Je le goûte aussi peu que mon laiteux fromage
Ou que l' autre Italien, parodiques rois mages
D' un vieux mythe émietté comme un drapeau mité.

jeudi 28 février 2013

Le champ du potier

 Piero Della Francesca

Pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu' ils font

  Qui donc aura l' idée de ce que pèse l' âme,
Existence du corps ,essence de la chair,
Substance usée honnie de tous nos êtres chers,
Du suc d' homme goûté aux gouttes d' eau des femmes.

 Si je t' eusse crée pour qu' à la fin tu susses,
Combien je sacrifiai ma déïfique moëlle,
Combien je retraçai sur la terrestre toile
 Des calices de sang qu' inconsciemment tu suces,

 Peut-être eussé-je au Mal accordé mon pardon.
 Mais je subodorai l' ignorance enfantine,
 Le coupable abandon des chapelles sixtines,
 En espérant le lys au milieu des chardons.

 Je ne t' en veux pas plus qu' une mère à son fils,
 Reniant sans y songer les voeux de son baptême,
 Je souffrirai l' affront de tous tes anathèmes
Pourvu que le vrai jaillisse des orifices.

 Si la bouche se tait,que les pierres s' écrient,
 Jamais un seul iota ne doit être changé,
 Par delà les famines , les hosties mangées,
Qui veut rester vivant relise les écrits.


samedi 16 février 2013

l' enfant homme

Elle, c' est une photographe et une créatrice, elle transfigure la réalité en révélant au profane la magie qui l' encercle.Elle c' est un elfe, délicate et dense, une dentelle liturgique, un ouvrage d' orfèvre.Elle c' est un chevalier, loyale et sans compromissions.J' ai l' honneur de vous faire découvrir mon amie Anne Laure, à travers une de ses photos que j' ai illustrée d' un texte sans prétentions, bon voyage sur un site classé.

http://al-k-photos.blogspot.fr/



L' infante homme.

Elle heurta de sa main  la croisée d' ogive...
L' ombre figée de givre ailée de vent glacial
Profilait sa silhouette de spectre hivernal,
Sa plaintive oraison peuplait la nuit craintive.

"Je suis fille de roi!" Ouvrez, foi de mon sceptre,
Avide de secrets j' implore à votre porte,
Je n' ai ni protection, ni armée, ni cohorte,
Mais deux bonnes épées aux pommeaux ambidextres.

Une voix d' outre-tombe à la fin s' éleva:
" Parle donc ectoplasme,quel mal te tourmente?
- Je souffre de tout temps de douloureuse attente
D' un destin flamboyant dont mon esprit rêva,

Cependant je sais bien que mes chances sont minces,
Le triomphe appartient à de mâles césars,
L' honneur de toute femme est livré au hasard."
-Ne crains rien, ombre d' or, tu fais pâlir les princes




vendredi 8 février 2013

Lutte,l'utopie

Ils verraient par delà les cercles d' auréoles,
Ce que l'oeil à main nue peut sentir d' impalpable;
Ils innocenteraient les ivresses coupables,
Ces transports hors de soi, divins souffles d' Eole.

A même l' âme aimée ils humeraient l' encens
Des sens désaltérés purs depuis l' origine;
L' archangélique science aux saveurs androgynes,
Vérité sacrifiée des Prophètes en sang.

Ils scruteraient à coeur la chair de leur scrutin
Aux balances aigües du final jugement
Dont la médiane épée dessine également
Sa cible en noir ou blanc au front de son butin.

Mane, thessel, phares, leur unique devise
Engourdirait leurs membres rompus aux offenses;
Nul ne profanerait les autels de l' enfance,
Ôtant de ses envies le néant qui divise.

Aux soirs écartelés du clair-obscur des pôles,
Leurs hymnes psalmodiées teinteraient les noirceurs
Du prisme lactescent d' une matrice soeur
Nourrie des fluides forces d' une mâle épaule.


samedi 26 janvier 2013

Maïeutique

Burne Jones : la mort de Méduse


Retirons la mémoire, princesse damnée,
 Cassandre sinistrée, mensongère Circé,
 Pétrifiante Méduse vaincue par Persée,
Va ravauder le temps en filant les années.

 Ôtons tout le vécu de nos tissus de chair,
Ce que l' aube a séché de nos suées de pleurs,
 Ce que le crépuscule a étoilé de fleurs,
 Les minutes haïes, les heures payées cher...

 Va faire des enfants à la métempsychose.
 Supprimons l' arrogance de nos certitudes,
 Les réflexes forcés,les nobles servitudes,
 Recule ô mon orgueil c' est à toi que je cause!

 Vade retro confort des cages adorées,
 Mort au ronronnement des soyeux traversins,
 Apposons nos vétos à tout rire porcin,
 Qu' occis soit le foetus des haines abhorrées.

 Mais que restera-t-il après ce nettoyage?
 Quelques cailloux lancés par une main menue,
 Ma palpitante peau espérant ta venue,
L' atomique fusion des ultimes voyages.


mercredi 16 janvier 2013

fleur bleue

Merci à F.D pour cette sublime chanson qui a inspiré cette petite digression. Alexander John White

 Les pores de ta peau de fruit hurlaient famine,
 Bleus les yeux, bleu le ciel, bleues les moitiés d' orange,
 Tout un monde immortel dans ta pupille d' ange
 D' éclore si pressé, ces globes des gamines.

 L' enfance est un velours aux formes arrondies,
 La glaise glisse au long des angles adoucis,
 Les bouquets de bluettes chassent les soucis,
Toute larme est dissoute en de savants non-dits.

 Ce velours bleu des jours te tissait ton linceul,
 L' arachnéenne trame en forme d' échiquier
 Déchiquetait le fil des lendemains inquiets,
 Il faut penser ses bleus, il faut se panser seul.

 Le sablier se vide et la froideur se sent,
 Des mains d' inquisiteur ont posé sur ta bouche
Les scellés.Le nom de qui a souillé ta couche,
 Etoilé tes dessous d' astérisques de sang,

 Le vent va l' avouer sur les murs des falaises,
 Aux roches balayées par le ressac qui fouette
Les algues de velours, bercées du chant des mouettes,
 Comme la mer est bleue, comme douce est la glaise...


mercredi 9 janvier 2013

opera bouffe

Picasso: dom Quichotte



Traître de corps , pourtant, il te faut te nourrir.
 Vile et faible charogne condamnée aux vers,
Ta peau nacrée bleuie, pâlit et vire au vert
 En cas de jeûne austère au risque de mourir.

 Quelle malédiction nous valut la sentence
 D' oublier chaque jour notre nature ailée,
De ciel et d' océan et de forêts mêlés,
 Condamnant l' estomac à d' infectes bombances.

 Nous les voués aux cîmes, destinés aux crêtes,
Pourquoi choir dans l' abîme des orgies païennes,
 Sommes nous des vautours, des prédateurs, des hyènes,
Ou d' ascétiques saints doublés d' anachorètes?

 La politesse veut qu' aux plats l' on fasse honneur,
 Je vomis l' étiquette aux sottes convenances,
Ces fêtes aux relents arrières goûts de rance
 Vont précéder l' Ankou, l' ultime moissonneur.

 Si ce faucheur zélé à l' oreille chuchote
 Qu' enfin il est grand temps, que mon heure est venue,
Je veux pour mon tombeau un cadavre menu,
Tout charnu d' idéal, efflanqué Dom Quichotte.