vendredi 11 août 2017

Vanité


Art Nouveau Alphonse Mucha | art nouveau by alfons mucha four seasons by alfons mucha circa 1895 ...


Mucha

Si j'avais à décrire ce qu'est la beauté..
Ce seraient les marrons dont s'est empli les poches
Un môme en tablier chaussé de ses galoches,
Dont cet orbe poli est la principauté.

L'arrondi reverdi d'une modeste chaîne
Formée par quelques glands tenus comme un trésor,
Bijoux thésaurisés plus précieux que les ors
Des têtes couronnées exercées sous les chênes.

La fleur décapitée, noble coquelicot,
Effeuillée dans le vase, pauvre ide indocile,
L'oiseau libre amputé aux départs difficiles,
L'écrit enluminé mort sous le massicot.

Tout ce qui vibre et bruisse sans la main de l'homme
Injuste et tapageur ; l'image dans la boue,
Ce que l'on crucifie et s'élève debout:
L'étincelle de vie, le doigt de Dieu en somme.

dimanche 14 mai 2017

La moitié de moi



van dongen le tango de l'archange

Je devrais l'écrire en vers libres,libre est le mot qui te convient, libre ou livre ou vivre, enfin ce qui vibre, mais ma langue maternelle va vers les Hébreux, les zébrés, par défaut les Grecs, pardon.Je t'offre ce texte, toi l'écrivain, le sensitif, l'Oedipe aux pieds percés, le préchristique.


Le malhabile adroit finement se dit gauche,
Il renverse son verre et bien des vers l'amusent,
Son sang lourd est chargé du fiel de tant de muses
Que son ciel est grisé d'un sablier qui fauche.

_Quand me donneras-tu, pitié!Ce pain dont j'ai si faim?
Ici rien ne nourrit , rassasie, désaltère
Mon âme inassouvie des mannes de la terre,
O torrentielles pluies, est-ce le ciel la fin?

Tu as voulu la peau de femmes érinyes,
Dont le remord à mort inflige sa nécrose,
Ton amour fut venin qui dans la veine implose,
Le temps fatal venu, toute histoire est finie.

Que faut-il faire alors? Moi je vais vous le dire:
On vous rendra raison, on vous dira folie,
Peu importe à la fin, mais que ce soit joli,
Je l'écris, tu l'écris,  nous n'irons pas maudire.









lundi 17 avril 2017

Reste,je t'en prie reste!




Signac, Antibes.

Si un soir tu reviens en ce jardin brouillé,
D'herbes dérangées en broussailles de garrigue,
Parmi les citrons verts, les oranges, les figues,
Ignore le passé, ne va pas trop fouiller.

Au coeur des mimosas l'or des anciens repose,
Sous la pierre se lit la sueur des artisans,
Là l'âme de nos pères se sculpte en gisants
Dans les grands oliviers,un arbre prend la pose;

Comme un cadran solaire aux flèches désarmées,
Une horloge éborgnée, une cloche alarmée
Qui tinterait en vain car privée de grelot...

Ce jardin fige en lui mes années les plus vierges;
C'est un lieu de sursis qui consume les cierges
En cires endeuillées de peurs et de sanglots.


dimanche 19 mars 2017



Gustave Moreau

Contribution au carême


Quand j’en aurai fini de cette comédie,
Quand ce masque figé aura rendu son âme,
Le  cœur vidé de sang, les yeux privés de flamme,
Quand la langue murmure d’humbles psalmodies ;

Oubliée la parade aux piètres pantomimes,
La révérence outrée aux tristes roitelets,
Les trésors rutilants soudain si maigrelets
Qu’un appétit mourant en vain parfois ranime.

Alors je l’oserai, ce trop sincère aveu,
Du fond de ma misère qu’il n’est qu’un seul Dieu,
En vérité le reste n’est que bavardage.

Il a donné sa vie sans qu’on lui demandât,
Paraphant de son seing le sublime mandat
Qui installe les siens dans la cité hors d’âge.
Jacques Brel A Mon Dernier Repas par jacque_brel

samedi 18 février 2017

Inquisition,perquisition, réquisition.





La dèche, Félicien Rops ( exposition le nu féminin au château musée de Nemours)

Le transport hors de soi rythme-t-il le sabbat
Des faunes possédés ,des vicieuses sorcières?
C'est le piège sournois des sombres souricières,
Sur une sage proie ce rapace s'abat.

La transe du chamane en fait-elle un prophète?
Ses vapeurs embrumées hument le sfumato
De l'au delà céleste aux éternels châteaux,
Pourtant longs les sanglots des lendemains de  fête.

Quel est ce vieux démon qui mon âme possède?
Comment puis-je extirper l'inextricable boule,
Ce paquet de terreurs, cette moqueuse houle,
Forcé, violé, détruit, mon être à la fin cède.

A tâtons j'explorai d'immoraux univers,
A pleines mains j'étreins ma croix de rouge rage,
J'ai saigné tant de pleurs en mon encre d'orage,
Et cherché tant d'issues dans de sinueux vers,

Mais pour toujours se rit la grotesque armada
Des intimes laideurs dont ma lignée a honte,
Toujours se dresse en  juge en sa toge de ponte
L'infâme index puissant du fier Torquemada.





dimanche 8 janvier 2017

Doré sur tranche



Au nom d'Apollinaire et d'Otto Dix qui est le sujet d'une exposition parfaite à Colmar.



C'est à l'orée du ciel entre pastel et tripes
Que ta promesse étrange enfin t'assassina,
Le réseau des tranchées aux veines dessina,
Sur ton âme immolée une ibérique grippe.

Mais pourquoi t'enrôler en tragique héros?
Ne savais-tu donc pas qu'aucun crime ne donne
La pure rédemption qui à jamais pardonne
De renier son nom pour finir numéro.

Germain, cousin, d'ici, d'ailleurs ou de Paris,
Si la haine t'emplit tu te trompes de guerre,
Médite les maudits aux mystérieux paris

Dont regorgent les stèles des gris cimetières.
Contemple un orphelin ou une veuve aigrie
Car seules les gargouilles de la mort se rient.




Otto Dix: Ecce Homo.