mercredi 9 janvier 2013

opera bouffe

Picasso: dom Quichotte



Traître de corps , pourtant, il te faut te nourrir.
 Vile et faible charogne condamnée aux vers,
Ta peau nacrée bleuie, pâlit et vire au vert
 En cas de jeûne austère au risque de mourir.

 Quelle malédiction nous valut la sentence
 D' oublier chaque jour notre nature ailée,
De ciel et d' océan et de forêts mêlés,
 Condamnant l' estomac à d' infectes bombances.

 Nous les voués aux cîmes, destinés aux crêtes,
Pourquoi choir dans l' abîme des orgies païennes,
 Sommes nous des vautours, des prédateurs, des hyènes,
Ou d' ascétiques saints doublés d' anachorètes?

 La politesse veut qu' aux plats l' on fasse honneur,
 Je vomis l' étiquette aux sottes convenances,
Ces fêtes aux relents arrières goûts de rance
 Vont précéder l' Ankou, l' ultime moissonneur.

 Si ce faucheur zélé à l' oreille chuchote
 Qu' enfin il est grand temps, que mon heure est venue,
Je veux pour mon tombeau un cadavre menu,
Tout charnu d' idéal, efflanqué Dom Quichotte.


25 commentaires:

  1. J'ai envoyé un messager porteur de triste nouvelle :
    Don Quichotte est mort assassiné d'une cuisse de poulet décochée dans l'oeil :(

    (Tes rimes font mouche et sont vraiment remarquables...Bravo Orfeenix Grassouillette de la Truffe :)

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  2. On a l'impression d'entendre Don Quichotte parler quand il s'adressait aux moulins à vent:""Ne fuyez pas lâches et viles créatures, c'est un seul chevalier qui vous attaque".
    Et toi Isabelle, pourquoi dois-tu te ronger les ongles pour notre traître de corps qui se fait bombance alors que les moulins sont attaqués, parole de Don Quichotte!
    Mais je dois dire chère Isabelle, que ces jolis quatrains,m'ont remué la cervelle de penser qu'on finira dans un plat!
    Merci Isabelle de la Mancha, Bon appétit quand même!

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    1. Mon ami Bizak, je ne te grignoterai jamais, reste intact, c' est ainsi que je t' aime!

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  3. Aaaaaaah! J'aime. Je pourrais me perdre en mots mais je le redis, J'AIME.

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    1. Merci, ce joli mot me comble à lui seul!

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  4. Ton merveilleux poème, chère Orfeenix, pose le problème de l'écartèlement de l'être humain entre l'esprit et le corps. Je pense que la clef du dépassement de ce manichéisme c'est l'équilibre. Les enfers vécus maintenant sont bipolaires: malbouffe ou anorexie. Il s'agit de trouver le juste milieu, en pensant ce que l'on mange. Cela impliquant, sans culpabilité, le plaisir de la cuillère, sans pour autant tomber dans les excès , en parvenant, en quelque sorte, à être un Sancho-Quichotte, une fusion harmonieuse entre les nourritures terrestres et spirituelles.

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    1. Cher Mokhtar, un poète est un visionnaire et tu n' imagines pas à quel point ton commentaire est le remède exact sur lequel je dois constamment méditer: l' équilibre, ce don inné que je n' ai jamais eu.

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    2. L'humain est fait d'absolu et il construit sa vie autour de cela en pensant que c'est la réalité Blanc et noir. C'est humain et tout le monde est prit avec cela dans divers champs d'activités. Pour apprendre, il faut quelqu'un qui nous enseigne. C'est le premier pas.

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    3. Chère Orfeenix, selon moi,l'équilibre est toujours un but qu'on aimerait atteindre, c'est un horizon ambitionné. On ne naît pas équilibré, on essaie de le devenir.

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    4. Merci pour ton empathie.J' ai passé ma vie à courir après des conférences de toute sorte et des " gourous" de tout poil pour finalement réaliser qu' un cheval de trait ne mourra pas cheval de course, et que la plus sûre des évolutions reste l' acceptation de soi, mêlée de haine et d' amour excessifs.

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    5. Cher Mokhtar, sage comme ton ami Bizak, merci pour ce miel, La Rouge et toi venez de m' offrir une preuve d' humanité et c' est un très beau cadeau.

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    6. Chère Orfeenix,tu mérites les plus cadeaux du monde;sois-en certaine!

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    7. La faim, je connais bien. La douceur pour moi, je ne connaissais pas comme un enfant, j'ai dû apprendre. Tout un défi pour l'ego et ma cervelle de ne pas y être arrivée seule avec tous mes efforts et mon intelligence. J'ai abdiquée, j'ai demandé que l'on me montre. Enfin. Pour conclure, je dirais plutôt accueillir que accepter, c'est moins fixe, plus souple. Nous sommes en mouvement.

      Choses certaines, nous souffrons tous et nous sommes aimés. Voilà mes seules certitudes et que ma main possède cinq doigts. :)

      Prends soins de toi Belle Orfeenix. Je te souhaite douceur et paix.

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    8. Chers Mokhtar, je remercie ce début d' année qui me fait connaître une belle personne dont je partage le goût de la musique des mots et le métier!
      Ma chère Rouge, soeur de passion,il est bien dommage que tu habites si loin , mais cela n' empêche en rien le partage,et je te remercie de ta présence.

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  5. Eh bien, voilà ! L'Ankou nommé ! Le secret, Faire flèche de tout bois...

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    1. C' est toi qui me l' as soufflé celui-là!

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  6. Pourquoi demande le chaperon rouge à sa grand mère, je dois rester intact?
    C'est pour te savourer entièrement mon enfant, le jour des grandes ripailles, répond la grand mère!
    Passe une belle journée, notre colombe, Isabelle!
    Mais comment fais tu pour qu'on t'aime tant??!!

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    1. hihi! On a eu la même grand mère, les mômans et leur soif d' absorption!
      Mon cher Bizak, tu connais la réponse à ta question, toi qui sais si bien t' y prendre!

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    2. oui oui Bizak nous l'aimons tant Orfeenix!

      elle nous maintient tous ensemble avec une générosité, une culture formidable, un sacré sens de l'humain !




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    3. J' en ai autant pour vous! Surtout qu' il ne s' agit pas de donner le change avec un avatar charmant et un panel de beaux textes, mes anciens élèves et amis se souviennent encore de vos cours de théâtre qui étaient aussi des leçons de vie, vos muses ont plus d' une corde à leur harpe!

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  7. Tu t'appropries avec originalité et ton style le thème classique de la dualité de l'être humain ! Ce poème pourrait être celui d'une anorexique de la bouffe ou alors d'une boulimique d'idéal... Ou serait-ce tout simplement la culpabilité de fêtes de Noël trop intenses et abusives qui parle en ce poème ? En attendant les prochaines pour remettre le couvert puissance dix...

    Je ne sais pas, mais ce que je sais en tout cas c'est que c'est du bon boulot !

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    1. Les trois mon général! A très bientôt puissance dix.

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