lundi 25 juin 2012

Sous les fleurs de pavé la plage

Le Titien: Vénus endormie

 A ma Vaudoise préférée qui adore mes provocations

 Ayez pitié de nous vous les politiciens,
 Avant de condamner notre immoral naufrage,
 Car vous mêmes souvent nous rendîtes hommage,
 Eblouis par nos corps tracés par un Titien;

 Restez sourds à l' appel des idées partisanes
Des droites surannées aux gauches maladroites,
Partageant tour à tour une rigueur étroite,
Promptes à condamner l' utile courtisane.

 Ne nous immolez pas aux autels du scrutin,
Arguant quelque hôtel borgne ou la justice aveugle,
 D' infréquentables bois où des malades meuglent,
Entendez la supplique des pauvres putains.

 Elles n' attendent pas d' intenables promesses
Tout en tenant les leurs contre quelques billets,
 Doucement elles pleurent leurs trésors pillés,
 Quand lors d' une occasion elles vont à la messe.

 Nul mépris du passé, du sang ou de la race
 Ne freinera leur chair ardente à consoler
 Les frimas qui saisissent les déboussolés,
Ces esthètes transis amoureux de la grâce.

 Des épouses blasées elles sont les boniches
 Empêchant les maris frustrés de divorcer,
 Sous leurs doigts si savants la mort désamorcée
Offre à ces saintes fées ses plus glorieuses niches.

vendredi 15 juin 2012

Enfin on débarrassa ma terre d' un coquin qui en infestait la surface

Burne Jones: le prince de la forêt


 Le vétuste dragon darde un oeil indigné,
L' Archange ailé de rêves sa dague soulève,
Le fiel du vieux serpent contre l' antique glaive,
Qui de cet est d' Eden sera  le jardinier?

Vade retro, j' en ris, car j' ai trouvé mon Cid!
Son verbe est plus puissant qu' un cor de Jericho,
Son muscle est plus saillant qu' un corps de Géricault,
Il n' est aucune honte au juste parricide!

Va te gargariser d' ésotériques rites,
Le sépulcre blanchi dans un obscur couvent
Sera l' ultime écrin d' un adieu éprouvant
Où tu me maudiras toi qui me déshérites.

Nous pauvres parias au repentir tardons,
C' est que la voix du beau aux plaisirs nous appelle,
C' est que l' ombre recèle beaucoup de chapelles,
Pourtant sans condition je t' octroie mon pardon.




jeudi 7 juin 2012

Peut être à cause des ombres il avait l' air de rire

Moreau: Oedipe et le Sphynx


Il avait mis son kilt d' highlander irlandais,
Ses yeux de condamnés, son sourire de l' ange;
Avec sa cornemuse et son allure étrange,
L' aura des crucifiés sans cris, le transcendait.

Elle entendait la voix qui toujours demandait
Si tout doit se faner, pourquoi le temps nous change,
Avec le corps qui s' use et glisse dans la fange,
Ses formes falsifiées et ses peaux se fendaient.

Tel un Gargantua il riait à la fête,
Croquant à toute pulpe, remède à la peur,
Traquant d' abruptes proies en habile trappeur,
Reniant ses succès, célébrant ses défaites.

Elle rampait au sol éblouie par les faîtes,
Soleils vertigineux aux nocturnes vapeurs;
Les cauchemars du jour et les rêves trompeurs
S' insinuaient aux sentes des fuites parfaites.

Les voilà enlacés, vertical corps à corps,
Pas de deux provisoire ou immortelle danse,
En route pour l' Histoire ou vers la décadence,
Mariage bariolé d' harmonieux désaccords.

Ne leur reprochez pas leurs lèvres aimantées,
Les gestes affamés, Les mots de démesure,
Ils sont des résistants qui combattent l' usure,
Si l' on vous interroge, par pitié, mentez.