mardi 24 avril 2012

le maillon manquant

Toussaint Dubreuil: Orphée charmant les animaux de sa lyre.

 Ni amphibien saurien surgissant de sa conque,
Ni singe délaissant sa marche à quatre mains,
Ni emplumé bavard poussant au lendemain
Des grandes glaciations un cri humain quelconque;

 Aucun ballet nuptial, aucun artisanat
 Nulle toile tissée, nulle aquatique danse,
Nulle stridulation de la nocturne transe
 Inspirant au poète mille " hosanna ",

 N' est le maillon manquant des chaînes qui libèrent.
 Je crois à l' arrondi des mots des parchemins,
 Au cercle enluminé au bout de tout chemin,
 A la lyre d' Orphée qui dompta le Cerbère.


 

jeudi 12 avril 2012

Qu' est ce que le mal

Michel Ange:Lilith


Est-ce un ange déchu, au refus démodé,
Lucifer, fier élu ,irréelle lumière,
Un " non" précipité aspirant à l' ornière
Où se noie Belzébuth, où patauge Asmodée.

Est-ce une maladie, noir génie, mauvais gène,
Fille de la psychose, enfant de la folie,
La racine endurcie dans la chair amollie
Explosant dans le crime son arbre indigène.

Est- ce un penchant inné à la pente des vices
Quand le corps dévissé au plaisir s' écartèle,
Docile au syphon doux d' une liesse immortelle,
Curieux d' alimenter ses sens toujours novices.

Le mal est privation, absence du divin,
Sous la peau il incruste ses exsangues veines,
Le cri de sa révolte insuffle la déveine,
Le mal, ce livre vide faute d' écrivain.

samedi 7 avril 2012

bouteille à la mer

Signac; la baie


Qui est-tu, toi qui es?
Par quelle parabole
Aux rondes courbes folles
Traces-tu le ciel quiet?

Toi l' inouï maquisard,
En l' infime tu terres
D' inaudibles mystères
Aux ordonnés hasards.

Tu as crée tes doubles
Afin de les plonger,
En leurs remords rongés
Au fiel de leurs eaux troubles.

Dans l' ailleurs lumineux,
Si toutefois j' ai place,
Fais moi briser la glace
Du froid peccamineux.

Je cherche à te toucher
Brisée sur un récif
Aspirant à l' esquif
Sur lequel me coucher.

Sourde au destin qui fonce,
Muette d' oraison,
Aveugle à la saison,
J' attendrai ta réponse.

mardi 27 mars 2012

L' imper espace

Deully: Dante et Virgile aux Enfers



Emprunte les conduits
Des cheminées méridionales,
N' aie crainte de la suie
A la noirceur subliminale.

Le feu fera fondre l' arctique
Du passé momifié,
Toutes les tristesses antiques
Finiront pétrifiées.

En vain le froid te suit
Dans cette retraite infernale,
Au feu les sanglots fuient
Figés en neiges hivernales.

Si le destin défié,
Apposait son sceptre sceptique,
Ton totem déifié
S' imposerait comme un viatique.

lundi 19 mars 2012

Peau céder

Angelo Bronzino: la jalousie ( détail)



Peau céder,
Perdre haleine,
Veines pleines
Posséder.

Ton ventre, ma terre,
Tes yeux, soleils bleus
Des jours graveleux;
Les perdre m' atterre.

Fin de toi, mon effroi,
Mon agonie glaciaire,
Horrible mise en bière
Dans un gouffre de froid.

J' entâche mon rétable
Des peintures pâlies
De nos amours salies
Par d' autres, redoutables.

Sa toile est irisée
Des bouches qui hullulent
La douleur qui pullule,
Tant de liaisons brisées.

Je prie que le mépris
Ne trouve jamais place
En ta foi qui m' enlace
Et qui n' a pas de prix.

Que ne soit pas géole
Mon coeur qui t' idolâtre
Ni la danse folâtre
Des bras qui t' auréolent.

De toutes mes fibres
Ligoter l' angoisse,
Mon vieux mal, ma poisse;
Reste un homme libre.

Tout céder,
Parousie;
Jalousie?
Décédée.


Jalouse - Mlle K par go-moon

lundi 12 mars 2012

contre nature

Draper: Icare


Pour Thomas D...mort broyé par une hélice.

Percé d' un javelot quand tu lançais le disque
De ta destinée. Cette course avec le ciel,
Tu as fini noyé. Le songe existentiel
Pèse un poids trop léger face à la part du risque.

Tu mouillas dans l' eau trouble rassasiée de fiel,
Dans le cloaque bourbeux tu as bu aux délices,
Avant d' être broyé par la fatale hélice,
Le navire en spirale a l' illusion du miel.

Les voyages sucrés finissent aux Sargasses,
Combien ont convoité l' Eden des au delà,
Juchés sur des esquifs que l' orgueil modela,
Squelettes de l' abysse jonchée de carcasses.

Le défi n' a qu' un temps qu' il ne maîtrise pas.
J' aurais crié pitié pour qu' on te fasse grâce,
Quel crédit aurais je eu moi qui suis de ta race,
Quand Dieu nous est cruel, qu' on n'en médise pas.

Je ne suis ni amante, ni soeur, ni ta mère,
Pauvre hectoplasme errant, ses larmes pour linceul,
Je suis l' oeil du miroir qui t' as toujours su seul
Au seuil inaccessible de ta quête amère.

lundi 27 février 2012

Les elles du désir

Léon Bonnat: idylle


La femme des présents n' est pas harpie hurlante,
Vociférant de rage aux vengeances aigries,
Consumée de rancoeurs, par la haine amaigrie,
Tel un récif défiant les vagues déferlantes.

Son voeu inavoué n' est pas de vivre comme
Les si vils ambitieux si bien formés aux courses
Des honneurs;ces maîtres d' immonde forts en bourse,
La femme de demain ne sera pas un homme.

Ce n' est qu' une cavale au galop débridé,
Elle est déboussolée, juste en quête d' un pôle,
Avide d' un gouvernail viril, une épaule,
Un miroir pour lisser son étang noir ridé.

C' est la cire brûlante informe de l' empreinte
Seule apte à imprimer en un mâle dessin,
L' aura mystique et tendre et solide des saints
Pour sculpter son essence d' une noble étreinte.