jeudi 7 novembre 2013

Ils auront douze ans et déjà des dents

Turner: Shadrak, Neshak et Abed Nego dans la fournaise ardente.



Mea culpa, car j' ai plus d' enfants que de dents...

Par pitié pardonnez la mère iconoclaste,
L' infanticide dame aux lames aiguisées,
L'infâme préceptrice aux âmes déguisées,
Guerrière maïeutique, va , détruis, dévaste!

Je hais les nourrissons, hurlant, tels des damnés,
L' adolescent rebelle n' est pas de ma caste,
Les femelles pubères aspirant aux fastes
N' exhalent des fatales qu' un succédané.

Ces nains se croient géants, pauvres petits Narcisses,
Noyés aux noirs fluides d' orgueils ténébreux,
Toujours plus niais, plus vils, plus impies, plus nombreux,
Ignorants des vertus mais adeptes des vices;

Sertis de certitudes, ceints de singerie,
Ces donneurs de leçons aux bouches chrysostomes,
Ne savent ni volume, ni page , ni tome,
Mais croient redécouvrir les ors des vieilleries.

Or moi de race ancienne le fier rejeton,
Ambitionnant l' estoc, le poison, la noyade,
J' aspire à me mouvoir, maléfique naïade,
Au sein du génocide de ces avortons:

Briser leurs os débiles dans leur corps malingre,
Griffer leur peau laiteuse de larve avortée,
Uriner le déluge aux minables portées
Qu' Asmodée inspira, jouant son violon d ' Ingres...

Ils portent des adultes toute fatuité...
Je ne m' attendris pas, je vois leur avenir,
Figé dans le glacier, dans l' ombre , le menhir,
S' ils nient l' éternité, c' est la perpétuité.

vendredi 27 septembre 2013

Les absents ont toujours raison

Delvaux: Vénus endormie




L' absence épanouit la nuit de la distance,
 La main ne palpe plus que contours atrophiés,
 Le regard s' asphyxie d' illusions déifiées
 Dont l' être a imprégné sa mâle persistance.

Maladie sans remède aux voulues surdités,
 Le manque est un mystère méconnu des mages,
Affamé de chimères, rassasié d' images,
Nourri aux spires de sa propre absurdité.

Les disparus d' ici, fantassins des ailleurs,
En duels déloyaux contre eux se font la guerre,
Les amants délaissés, les aïeux de naguère,
Au lettres humectées par des mots mitrailleurs,

Où s' en sont-ils allés, vers quelles quêtes vaines,
Comment n' ont ils pas vu la bouche qui hélait,
Entendu les secrets que des lèvres scellaient?
Ils traînent aux enfers leur pesante déveine.

Ce qui se lie à terre au ciel n' est pas délié,
La marque de nos liens s' imprime dans nos chairs,
Peut on compter pour rien ce qui valait si cher,
Déchirer tant de pages de nos peaux reliées!

Honnie soit la vieillesse que plus rien ne tente,
Si aucune lumière ne teint l' horizon,
En ce marasme obscur où nous nous enlisons,
Surtout ne pas partir mais préférer l' attente.







vendredi 16 août 2013

Velkommen

Grimshaw: Lady of Shalott


A la fin tu reviens,
Mes amours isolées
Faisaient un mal de chien
Au coeur camisolé,

J' ai dû saigner de l' âme,
Du haut mal perforée,
Dans les relents infâmes
D' odeurs décolorées.

Le miel n' est plus sucré,
le soleil est en larmes,
le ciel n' est plus sacré,
La lèvre n' est plus parme.

Tu ne saurais savoir,
Ma langue n'a goûté
 Rien qui puisse se voir,
Ce qu'il m' en a coûté.

J'espère que la faune
Loin de ton île immonde
Sous l'onde d'un cyclone
S'effacera du monde.

Bientôt ma sépulture,
Profilait sa silhouette,
La terrible sculpture
Profanée par les mouettes.

Fragile est le trouvère
Laissé à sa folie,
Peinant en son calvaire,
Les forces amollies.

Si cet antre est ton havre,
S' il t' y faut séjourner,
C' est le corps d' un cadavre
Que tu vas retourner.





jeudi 8 août 2013

Prophètes vos papiers

Burthe: Sapho jouant de la lyre  ( exposition la femme et la mer au musée Eugène Boudin à Honfleur)


L'oeil qui est dans la tombe va-t-il se fermer
Ou rester grand ouvert comme l' orbe de paon?
Jusqu' à quand espérer que la graine germée
Parvienne à détourner les ruses du serpent?

Notre terre , nos mers qui êtes dans les cieux,
Ne croyez pas en l' homme qui croit vous créer,
Il projette sur vous ses desseins ambitieux,
Expressions de ses imprécations maugréées .

Qui pourra inventer les nouvelles couleurs
D'un arc en ciel offert, fertile arche d' alliance,
A quel noble artisan, quel génial rémouleur,
Proposer d' adoucir la forme sans méfiance?

Elie, Elysée, Ezéchiel, Job, Malachie,
Pourquoi restent -ils sourds à toutes vos sentences,
Le monde est un immense navire en partance.
Il tangue et va sombrer , quel terrible gâchis.

Je vois le feu, la flamme, le frisson, l' effroi,
Les esprits morfondus,les squelettes brisés,
L'insupportable ardeur, l' irrépressible froid
Des regards insoucieux des ailes irisées;

Et pourtant, elle tourne, volute implacable,
Du fond de nos misères en forme de Croix,
Suivant incognito sa logique imparable,
Malheur aux vierges folles qui en rien ne croient.





Si Dieu n' est pas aux fondations de la maison, c' est en vain que travaillent ceux qui cherchent à l' édifier.

mercredi 31 juillet 2013

Fornication Under the Control of the King

Géricault comme les murs

 Enfin, je vous le dis, tout se meut pourriture,
Les perles en pourceaux, les puceaux en pervers,
 Tout brûle et défraîchit, les bosquets , les prés verts,
 Et tous ces mots d' amour pesants de fioritures.

 Ceux en qui l' on croyait ne sont que chair exsangue,
 Encore un peu de temps, ils se sont affadis,
 Nul reflet ne sublime un passé enlaidi,
 Qui pourrait raviver leur goût à coup de langue.

 La chair est corrompue mère des esclavages,
 Nul espoir n' est permis hors du désincarné,
 Le corps cible facile aux yeux vite cernés,
 Tôt subit des années le terrible ravage.

 Quant au ciel entrevu, noyé dans les brouillards,
 Il est le doigt pointé sur tant de défaillances,
 Nos fêlures striant l' émail de nos faïences,
La passion est l' aumône accordée aux trouillards.

 Rions un peu avec l' autosuffisance et le degré de

spiritualité masculins:

lundi 22 juillet 2013

L' eau bout à cent degrés et moi bien avant.

Bouguereau: Oreste fuyant les érynies.

 C' est la moite saison de l' humus putréfié
 Prompt à restituer l' arôme des cadavres,
 La terre desséchée n' est plus l' humide havre
 De la flore livide aux feuilles raréfiées.

 La vie microscopique grouille en toute chair
 Dont prématurément la viande se faisande,
 Les vers blancs triomphants dansent la sarabande
 Tel un bal de damnés qui par orgueil péchèrent.

 Quant à mes congénères des congés payés,
Plus bruyants et plus nus qu' une sorcière en transe,
 Exhalant une sueur nauséabonde et rance,
 Ils rient d' aise au soleil, sans raison, égayés.

 Tous mes sens agressés me supplient en silence
 D'apaiser leurs tourments dans l' asile isolé
 D'un sommet rafraîchi ou d' un froid mausolée
 Loin des veillées où grille l' os des pestilences.

 Les nobles animaux à la langue pendante
 Sous quelque frondaison gisent tous, affalés,
 Buvant quelque rasade d' air vite avalée
Au sein d' une fournaise de bouffées ardentes.

 Et pour bouquet final, cruelle ignominie,
 Le monstrueux assaut de bruissantes cohortes,
 Lubriques mouches, mites ou rampants cloportes,
 Miroirs de mes enfers comme des érynies...

mardi 2 juillet 2013

Je vous salis ma rue

Henrik Stefan: le bon samaritain

http://froufroudanslesfeuilles.blogspot.fr/2013/06/foot-contre-sang-bienvenue-au-bresil.html

Arpenter les trottoirs comme fleur de pavé,
 Pour déceler le lys en tant de monde en marche,
 Quelque élu du salut , un rescapé de l' arche,
 Un regard préservé des ondes dépravées.

 Visage, Saint Suaire aux lueurs pétillantes,
 Qu' ont fait ces gougnafiers de ta vraie dignité,
 Ta flamme s' est éteinte en toute impunité,
 Parmi les détritus , les mégots et les fientes.

 Les gagnants de la course aux serres de rapace,
 Les championnes de solde aux frivoles paquets,
 Les usuriers vainqueurs de clients arnaqués,
 Usagers prélassés d' au delà qui trépassent

. Je te salue ma rue,ailleurs on te nettoie,
Des clochards dont l' image transgresse une coupe,
 Ici au moins on offre encore un bol de soupe,
Reste terre d' asile , accueille les chez toi.

 Le jour où les perdants de tous ces jeux iniques
 Devant les apparences devront s' incliner,
 Bravant mes origines et ma destinée,
 Que j' explose aux éclats d' un fou rire cynique.