jeudi 8 août 2013

Prophètes vos papiers

Burthe: Sapho jouant de la lyre  ( exposition la femme et la mer au musée Eugène Boudin à Honfleur)


L'oeil qui est dans la tombe va-t-il se fermer
Ou rester grand ouvert comme l' orbe de paon?
Jusqu' à quand espérer que la graine germée
Parvienne à détourner les ruses du serpent?

Notre terre , nos mers qui êtes dans les cieux,
Ne croyez pas en l' homme qui croit vous créer,
Il projette sur vous ses desseins ambitieux,
Expressions de ses imprécations maugréées .

Qui pourra inventer les nouvelles couleurs
D'un arc en ciel offert, fertile arche d' alliance,
A quel noble artisan, quel génial rémouleur,
Proposer d' adoucir la forme sans méfiance?

Elie, Elysée, Ezéchiel, Job, Malachie,
Pourquoi restent -ils sourds à toutes vos sentences,
Le monde est un immense navire en partance.
Il tangue et va sombrer , quel terrible gâchis.

Je vois le feu, la flamme, le frisson, l' effroi,
Les esprits morfondus,les squelettes brisés,
L'insupportable ardeur, l' irrépressible froid
Des regards insoucieux des ailes irisées;

Et pourtant, elle tourne, volute implacable,
Du fond de nos misères en forme de Croix,
Suivant incognito sa logique imparable,
Malheur aux vierges folles qui en rien ne croient.





Si Dieu n' est pas aux fondations de la maison, c' est en vain que travaillent ceux qui cherchent à l' édifier.

mercredi 31 juillet 2013

Fornication Under the Control of the King

Géricault comme les murs

 Enfin, je vous le dis, tout se meut pourriture,
Les perles en pourceaux, les puceaux en pervers,
 Tout brûle et défraîchit, les bosquets , les prés verts,
 Et tous ces mots d' amour pesants de fioritures.

 Ceux en qui l' on croyait ne sont que chair exsangue,
 Encore un peu de temps, ils se sont affadis,
 Nul reflet ne sublime un passé enlaidi,
 Qui pourrait raviver leur goût à coup de langue.

 La chair est corrompue mère des esclavages,
 Nul espoir n' est permis hors du désincarné,
 Le corps cible facile aux yeux vite cernés,
 Tôt subit des années le terrible ravage.

 Quant au ciel entrevu, noyé dans les brouillards,
 Il est le doigt pointé sur tant de défaillances,
 Nos fêlures striant l' émail de nos faïences,
La passion est l' aumône accordée aux trouillards.

 Rions un peu avec l' autosuffisance et le degré de

spiritualité masculins:

lundi 22 juillet 2013

L' eau bout à cent degrés et moi bien avant.

Bouguereau: Oreste fuyant les érynies.

 C' est la moite saison de l' humus putréfié
 Prompt à restituer l' arôme des cadavres,
 La terre desséchée n' est plus l' humide havre
 De la flore livide aux feuilles raréfiées.

 La vie microscopique grouille en toute chair
 Dont prématurément la viande se faisande,
 Les vers blancs triomphants dansent la sarabande
 Tel un bal de damnés qui par orgueil péchèrent.

 Quant à mes congénères des congés payés,
Plus bruyants et plus nus qu' une sorcière en transe,
 Exhalant une sueur nauséabonde et rance,
 Ils rient d' aise au soleil, sans raison, égayés.

 Tous mes sens agressés me supplient en silence
 D'apaiser leurs tourments dans l' asile isolé
 D'un sommet rafraîchi ou d' un froid mausolée
 Loin des veillées où grille l' os des pestilences.

 Les nobles animaux à la langue pendante
 Sous quelque frondaison gisent tous, affalés,
 Buvant quelque rasade d' air vite avalée
Au sein d' une fournaise de bouffées ardentes.

 Et pour bouquet final, cruelle ignominie,
 Le monstrueux assaut de bruissantes cohortes,
 Lubriques mouches, mites ou rampants cloportes,
 Miroirs de mes enfers comme des érynies...

mardi 2 juillet 2013

Je vous salis ma rue

Henrik Stefan: le bon samaritain

http://froufroudanslesfeuilles.blogspot.fr/2013/06/foot-contre-sang-bienvenue-au-bresil.html

Arpenter les trottoirs comme fleur de pavé,
 Pour déceler le lys en tant de monde en marche,
 Quelque élu du salut , un rescapé de l' arche,
 Un regard préservé des ondes dépravées.

 Visage, Saint Suaire aux lueurs pétillantes,
 Qu' ont fait ces gougnafiers de ta vraie dignité,
 Ta flamme s' est éteinte en toute impunité,
 Parmi les détritus , les mégots et les fientes.

 Les gagnants de la course aux serres de rapace,
 Les championnes de solde aux frivoles paquets,
 Les usuriers vainqueurs de clients arnaqués,
 Usagers prélassés d' au delà qui trépassent

. Je te salue ma rue,ailleurs on te nettoie,
Des clochards dont l' image transgresse une coupe,
 Ici au moins on offre encore un bol de soupe,
Reste terre d' asile , accueille les chez toi.

 Le jour où les perdants de tous ces jeux iniques
 Devant les apparences devront s' incliner,
 Bravant mes origines et ma destinée,
 Que j' explose aux éclats d' un fou rire cynique.


mardi 18 juin 2013

Quand il ne reste plus que le silence...

Fussli: le silence



Quand se sont clos les yeux des mourants immortels,
Sous les doigts les lueurs coulent en grains de plage;
Ni les pleurs ni les pluies des brûlures soulagent,
Le souvenir stagnant s' estompe en tons pastels.

Taciturne le temps, muet le sablier,
Atones les accents...Un mot méconnaissable
Tente hasardeusement enfoui sous les sables
De livrer le secret de l' or des Templiers.

Mais aucun alchimiste à la fin n' arracha
Le prix de ranimer la chair qui se nécrose,
Ce qui survit, ou dort, ou se métamorphose
Etreint dans son écrin l' esprit de son rachat.

J' ai refusé les liens pour échapper au deuil,
La mort s' est contentée de mon cerveau binaire,
Merci de m' épargner les cibles liminaires,
Tambourinant à l' huis mais clouée sur le seuil.

Si la justice doit aplanir sa balance
En enfonçant son glaive au coeur qui me soutient,
Saignant le souffle et l' âme que tu as fait tiens,
Pour mes condoléances, je veux du silence.


mercredi 5 juin 2013

Tout le monde s' éclate ...

 Goya: Chronos dévorant ses enfants

 La minute figée,le kayros, l' heure exquise,
 La gloire à l' état brut, la médaille arrondie
 D'horloge pétrifiée qu' un rai brûlant fondit,
 L' aurore boréale baignant la banquise.

 Ce plaisir savouré que sonne l' immédiat,
 Plus fugitif que fange avant céleste ardeur,
 Plus vaporeux que vierge aux fugaces candeurs,
 L' instant tant glorieux, demain y remédia.

 C' est mirifique titre à la fin empoché,
Pactole inattendu,célébrité peut-être,
 Edifice flottant au dessus du salpêtre,
 Vainqueur sanguinolent, sans dents, les yeux pochés.

 Et puis c' est la descente après cette entrevue,
 On tutoyait la nuée à béance entrouverte,
 Il faut s' en retourner au gré des marées vertes,
 Repasser les échecs des matins en revue.

 L' éclat, cet or brutal, aux rayons éphémères
 Est le cadre sournois du lit de nos ennuis,
 L' aube est interrompue de mille et une nuits,
 Le glas de ces ébats crisse d' un rire amer.

 Saisir l' éternité, étreindre la durée,
 Sourds aux années qui passent , hideuses menaces,
 Enlacés sans ces liens qui blessent et qui lassent,
 Offrons au dieu du temps nos amours épurées.

mardi 21 mai 2013

Charité désordonnée

Otto Dix

Défunte est la pitié,asséchées les paupières,
Le clochard peut croupir sous un pont lézardé,
Le funambule au bord du fil se hasarder,
Toute veuve éplorée me laissera de pierre.

Assez de ces bontés que le monde vénère,
Même le pauvre hère a perdu sa saveur,
Ils ont volé l'aumône des mains du sauveur,
Les fausses charités,l'orgueil les rémunère.

Bienfaiteurs associés pour tant de nobles causes,
Au nom de tous les maux créant des groupuscules,
N'espérez pas de don de mon maigre pécule,
Ma poitrine est vidée de son organe en pause.

Où vont les démunis dans les gouffres noyés?
Notre état les fabrique,alors qu'il s'en occupe!
Il crée assez de pions pour de tels jeux de dupes,
Qui donc paiera le mien si je paie leur loyer?

Pourtant j'ai désiré partager mon manteau,
Ajouter une assiette à quelque errant qui passe,
Consoler du passé que la douleur ressasse,
Guérir les cécités,ouvrir tous les vantaux.

Mais les nécessiteux sont une armée des ombres,
Une hydre aux mille faces en vain repoussée,
Une moue de refus,humble épée émoussée,
Finit par défaillir assaillie sous le nombre.

Quand sonnera la trompe de l'Archange au glaive,
 Cherchant ceux qui auront visité des prisons,
Couvert des nudités en de froides saisons,
Mus par tous les élans que les ardeurs soulèvent;

 Que l'air se raréfie,que s'essouffle la plèvre,
Que se crispent de peur tous les membres tordus,
Si mon cœur au déclin est à jamais perdu,
Je veux avidement le boire sur tes lèvres.