vendredi 8 février 2013

Lutte,l'utopie

Ils verraient par delà les cercles d' auréoles,
Ce que l'oeil à main nue peut sentir d' impalpable;
Ils innocenteraient les ivresses coupables,
Ces transports hors de soi, divins souffles d' Eole.

A même l' âme aimée ils humeraient l' encens
Des sens désaltérés purs depuis l' origine;
L' archangélique science aux saveurs androgynes,
Vérité sacrifiée des Prophètes en sang.

Ils scruteraient à coeur la chair de leur scrutin
Aux balances aigües du final jugement
Dont la médiane épée dessine également
Sa cible en noir ou blanc au front de son butin.

Mane, thessel, phares, leur unique devise
Engourdirait leurs membres rompus aux offenses;
Nul ne profanerait les autels de l' enfance,
Ôtant de ses envies le néant qui divise.

Aux soirs écartelés du clair-obscur des pôles,
Leurs hymnes psalmodiées teinteraient les noirceurs
Du prisme lactescent d' une matrice soeur
Nourrie des fluides forces d' une mâle épaule.


samedi 26 janvier 2013

Maïeutique

Burne Jones : la mort de Méduse


Retirons la mémoire, princesse damnée,
 Cassandre sinistrée, mensongère Circé,
 Pétrifiante Méduse vaincue par Persée,
Va ravauder le temps en filant les années.

 Ôtons tout le vécu de nos tissus de chair,
Ce que l' aube a séché de nos suées de pleurs,
 Ce que le crépuscule a étoilé de fleurs,
 Les minutes haïes, les heures payées cher...

 Va faire des enfants à la métempsychose.
 Supprimons l' arrogance de nos certitudes,
 Les réflexes forcés,les nobles servitudes,
 Recule ô mon orgueil c' est à toi que je cause!

 Vade retro confort des cages adorées,
 Mort au ronronnement des soyeux traversins,
 Apposons nos vétos à tout rire porcin,
 Qu' occis soit le foetus des haines abhorrées.

 Mais que restera-t-il après ce nettoyage?
 Quelques cailloux lancés par une main menue,
 Ma palpitante peau espérant ta venue,
L' atomique fusion des ultimes voyages.


mercredi 16 janvier 2013

fleur bleue

Merci à F.D pour cette sublime chanson qui a inspiré cette petite digression. Alexander John White

 Les pores de ta peau de fruit hurlaient famine,
 Bleus les yeux, bleu le ciel, bleues les moitiés d' orange,
 Tout un monde immortel dans ta pupille d' ange
 D' éclore si pressé, ces globes des gamines.

 L' enfance est un velours aux formes arrondies,
 La glaise glisse au long des angles adoucis,
 Les bouquets de bluettes chassent les soucis,
Toute larme est dissoute en de savants non-dits.

 Ce velours bleu des jours te tissait ton linceul,
 L' arachnéenne trame en forme d' échiquier
 Déchiquetait le fil des lendemains inquiets,
 Il faut penser ses bleus, il faut se panser seul.

 Le sablier se vide et la froideur se sent,
 Des mains d' inquisiteur ont posé sur ta bouche
Les scellés.Le nom de qui a souillé ta couche,
 Etoilé tes dessous d' astérisques de sang,

 Le vent va l' avouer sur les murs des falaises,
 Aux roches balayées par le ressac qui fouette
Les algues de velours, bercées du chant des mouettes,
 Comme la mer est bleue, comme douce est la glaise...


mercredi 9 janvier 2013

opera bouffe

Picasso: dom Quichotte



Traître de corps , pourtant, il te faut te nourrir.
 Vile et faible charogne condamnée aux vers,
Ta peau nacrée bleuie, pâlit et vire au vert
 En cas de jeûne austère au risque de mourir.

 Quelle malédiction nous valut la sentence
 D' oublier chaque jour notre nature ailée,
De ciel et d' océan et de forêts mêlés,
 Condamnant l' estomac à d' infectes bombances.

 Nous les voués aux cîmes, destinés aux crêtes,
Pourquoi choir dans l' abîme des orgies païennes,
 Sommes nous des vautours, des prédateurs, des hyènes,
Ou d' ascétiques saints doublés d' anachorètes?

 La politesse veut qu' aux plats l' on fasse honneur,
 Je vomis l' étiquette aux sottes convenances,
Ces fêtes aux relents arrières goûts de rance
 Vont précéder l' Ankou, l' ultime moissonneur.

 Si ce faucheur zélé à l' oreille chuchote
 Qu' enfin il est grand temps, que mon heure est venue,
Je veux pour mon tombeau un cadavre menu,
Tout charnu d' idéal, efflanqué Dom Quichotte.


vendredi 28 décembre 2012

Les fins dernières

Von Stuck: Sisyphe


Il faudra bien subir l'assaut, l'ultime affront,
Les tempes palpitantes sous la déchirure,
Les plaies plus triturées que des trous de serrure,
 Les glandes gangrenées,la suée moite au front.

 Quand l'œil s'épuisera à transpercer l'opaque,
Quand le meli- melo des bruits atténués
 Glissera sur la peau,de frissons dénués ...
 Finies les guérisons,révolue toute Pâque!

 J'exige de savoir à ce moment précis,
 Tandis que les organes usés se verolent,
Qui a le dernier mot et quel porte-parole
 Depuis l'aube des temps fit le juste récit.


 L'abîme de la tombe est-il gouffre béant?
 Quel ciel va féconder l'humus des os friables?
Quelque stellaire arpège ou quelque antre de diable,
La vis sans fin des vies, l'amnésie, le néant?


Plutôt que d'entrevoir l'eden de mes aînés,
 La danse des aimés qui de loin feraient signe,
Aveuglante clarté dont je serais indigne,
 Il vaudrait mieux pour moi de n'être jamais née.

lundi 17 décembre 2012

Naître dans l' élan

Fra Angelico: la Jérusalem céleste.


Par delà les détours des mesquines ellipses,
Le delta mensonger des sinuosités,
Loin du seuil obligé de la morosité,
Sourd aux sinistres trompes de l' apocalypse,

Rit un chemin tout droit, oublieux des orties,
Trop humble pour tenter le pied des parricides,
Nul genou n'y faiblit, aucune larme humide
Ne se fond dans la boue de chutes amorties,

Ce sentier c'est le sang nourricier de nos terres,
Il est le souvenir du fond de nos néants,
Nous pauvres petits nains des monts , des océans
Qui n' avons pour trésor qu' une âme délétère.

Le corps regénéré s' inonde à l' esprit sain,
 La sagesse se lit au troisième oeil du prisme,
 Ne se redoute pas l' horreur des cataclysmes,
 Ne se vénèrent pas le boeuf ou l' abyssin;

 On se connaît sculpté à la paume du Père,
 Pesés et rachetés aux tripes de son Fils,
 Buvant baignés de liesse à de purs sacrifices
 Implorant le pardon pour ceux qui se dupèrent.

dimanche 2 décembre 2012

Ainsi font...

Andrezj Malinowski: jeune fille au pantin.


Enviables pantins,jouets de doigts effilés,
Ficelles reliées à des ciels sans bavures,
Vos veines lézardées aux fragiles nervures
Persisteront privées de sanguins défilés.

Jamais aucun de vous au mal ne succomba,
Car vous obéïssez , humbles poupées dociles,
La cire de vos peaux ni l' arc de vos faux cils
Ne veut l' éternité objet de nos combats.

Les régimes se suivent, passent les années,
Vos regards vont défier les volcans, les tempêtes,
Vous traversez le temps des gestes qu' il répète,
Drapant à l' au -delà des tissus surannés.

ô vous les derniers rois dominant les vilains,
Vous savez que le prix d' être libre est trop cher,
Vieillir figé vaut mieux que souffrir dans sa chair,
Je le sais, automate d' un dieu sybillin.