mercredi 9 janvier 2013

opera bouffe

Picasso: dom Quichotte



Traître de corps , pourtant, il te faut te nourrir.
 Vile et faible charogne condamnée aux vers,
Ta peau nacrée bleuie, pâlit et vire au vert
 En cas de jeûne austère au risque de mourir.

 Quelle malédiction nous valut la sentence
 D' oublier chaque jour notre nature ailée,
De ciel et d' océan et de forêts mêlés,
 Condamnant l' estomac à d' infectes bombances.

 Nous les voués aux cîmes, destinés aux crêtes,
Pourquoi choir dans l' abîme des orgies païennes,
 Sommes nous des vautours, des prédateurs, des hyènes,
Ou d' ascétiques saints doublés d' anachorètes?

 La politesse veut qu' aux plats l' on fasse honneur,
 Je vomis l' étiquette aux sottes convenances,
Ces fêtes aux relents arrières goûts de rance
 Vont précéder l' Ankou, l' ultime moissonneur.

 Si ce faucheur zélé à l' oreille chuchote
 Qu' enfin il est grand temps, que mon heure est venue,
Je veux pour mon tombeau un cadavre menu,
Tout charnu d' idéal, efflanqué Dom Quichotte.


vendredi 28 décembre 2012

Les fins dernières

Von Stuck: Sisyphe


Il faudra bien subir l'assaut, l'ultime affront,
Les tempes palpitantes sous la déchirure,
Les plaies plus triturées que des trous de serrure,
 Les glandes gangrenées,la suée moite au front.

 Quand l'œil s'épuisera à transpercer l'opaque,
Quand le meli- melo des bruits atténués
 Glissera sur la peau,de frissons dénués ...
 Finies les guérisons,révolue toute Pâque!

 J'exige de savoir à ce moment précis,
 Tandis que les organes usés se verolent,
Qui a le dernier mot et quel porte-parole
 Depuis l'aube des temps fit le juste récit.


 L'abîme de la tombe est-il gouffre béant?
 Quel ciel va féconder l'humus des os friables?
Quelque stellaire arpège ou quelque antre de diable,
La vis sans fin des vies, l'amnésie, le néant?


Plutôt que d'entrevoir l'eden de mes aînés,
 La danse des aimés qui de loin feraient signe,
Aveuglante clarté dont je serais indigne,
 Il vaudrait mieux pour moi de n'être jamais née.

lundi 17 décembre 2012

Naître dans l' élan

Fra Angelico: la Jérusalem céleste.


Par delà les détours des mesquines ellipses,
Le delta mensonger des sinuosités,
Loin du seuil obligé de la morosité,
Sourd aux sinistres trompes de l' apocalypse,

Rit un chemin tout droit, oublieux des orties,
Trop humble pour tenter le pied des parricides,
Nul genou n'y faiblit, aucune larme humide
Ne se fond dans la boue de chutes amorties,

Ce sentier c'est le sang nourricier de nos terres,
Il est le souvenir du fond de nos néants,
Nous pauvres petits nains des monts , des océans
Qui n' avons pour trésor qu' une âme délétère.

Le corps regénéré s' inonde à l' esprit sain,
 La sagesse se lit au troisième oeil du prisme,
 Ne se redoute pas l' horreur des cataclysmes,
 Ne se vénèrent pas le boeuf ou l' abyssin;

 On se connaît sculpté à la paume du Père,
 Pesés et rachetés aux tripes de son Fils,
 Buvant baignés de liesse à de purs sacrifices
 Implorant le pardon pour ceux qui se dupèrent.

dimanche 2 décembre 2012

Ainsi font...

Andrezj Malinowski: jeune fille au pantin.


Enviables pantins,jouets de doigts effilés,
Ficelles reliées à des ciels sans bavures,
Vos veines lézardées aux fragiles nervures
Persisteront privées de sanguins défilés.

Jamais aucun de vous au mal ne succomba,
Car vous obéïssez , humbles poupées dociles,
La cire de vos peaux ni l' arc de vos faux cils
Ne veut l' éternité objet de nos combats.

Les régimes se suivent, passent les années,
Vos regards vont défier les volcans, les tempêtes,
Vous traversez le temps des gestes qu' il répète,
Drapant à l' au -delà des tissus surannés.

ô vous les derniers rois dominant les vilains,
Vous savez que le prix d' être libre est trop cher,
Vieillir figé vaut mieux que souffrir dans sa chair,
Je le sais, automate d' un dieu sybillin.



samedi 24 novembre 2012

La raie in carnation où l' âme est en psychose



Dali: cucifixion ( Voir expo à Beaubourg)

Ce bout d' isthme sans fin en sa passivité
 Se veut la porte ouverte à des bouches béantes,
Des chakras encrassés, des issues malséantes,
Niant à l' être humain toute agressivité.

Que vaut cette spirale aux contours maigrelets,
Face au cercle parfait de notre finitude,
Seule la mort hélas reste la Certitude,
Rien n' atteste le vrai de vies renouvelées.

Frère, il nous faut mourir, prier et travailler,
Lutter pour respirer,aimer à pleines veines,
Cesser l' économie d' une espérance vaine,
N' attendons pas cloués, fakirs dépenaillés.

La Croix, ce bois des dieux, creuset de nos douleurs,
Redonne les honneurs aux fils de la révolte,
Seul le père en est mort, leur offrant la récolte
De la terre et du ciel dont ils sont les voleurs.



jeudi 8 novembre 2012

Hameceurs

Lee Jeffries : faces

 Ils ont goûté la vigne, humé le réséda,
 Lu chaque livre hélas, mais leur chair n' est pas lasse,
Trempé dans les tripots, baigné dans la mélasse,
Gémi lorsque ce siècle en poudre décéda.

 Plus cabossés que feues carrosseries de casse,
 Bardés de cicatrices tels d' anciens soldats,
 Revenants de la guerre, alourdis de bardas,
 Désuets Cyranos, Capitaines Fracasse,

 Artistes, savants fous, sages un peu fadas,
 Dandys qu' aucune mode à la fin ne déclasse,
Immortels patinés par le feu et la glace,
 De leurs paradis purs brandissant le mandat,

 Ils incantent la terre humiliée à voix basse;
 Leur chant est l' hallali de saintes armadas,
Alliés désenchantés, Familia Sagrada,
 En vos traits dévorés je vois la Sainte Face.


 

lundi 29 octobre 2012

carpe noctem

Dali: les ombres de la nuit


Loin des ululements des foules dissidentes,
Aux faux désirs futiles mais vociférés,
 Tel un fretin fragile affairé puis ferré
 A l' hameçon du soir quand le ciel s' accidente,

 Loin des couleurs criardes des rues abîmées,
Des villes enlaidies que la ténèbre ronge,
 Quand la nuit noie le monde menteur en ses songes,
 Noircissant les vitrines d' encre inanimée,

 Les rares promeneurs creusés de lassitude,
 Ou riant sottement de se croire joyeux,
 Offrent au désespoir un terrain giboyeux,
 Lucides sur les affres de leur solitude,

 Malheur à qui se bat dans une ombre erronée,
 Malheur à qui se prive de diurnes lumières,
 Pauvres précipités plongeant tête première
Au paradis déchu des princes détrônés,

 Peuple superstitieux enterré dans les caves,
 Dansant pour oublier les secrets de ses dieux,
 De parade nuptiale en rituels odieux,
 Cachant son anxiété par un sourire hâve,

 L' aube attendra tapie, suicidaire stylet,
 Tendant le traquenard de son poignard de glace,
 Du crépuscule éteint l' aurore prend la place
Afin de révéler à l' homme qui il est.


 .