lundi 14 mai 2012

label la bête

Waterhouse: Circé

 Tout en instinct, muscles tendus,
Membres bandés pour la riposte,
Qu'aucun prédateur ne m' accoste,
Mon terrictoire est défendu.

 Se nourrir pour ne pas  mourir,
Avoir chaud, fondu dans la masse,
Vibrer de peur sous la menace,
Je tremble , je fuis, où courir?

De noirs félins me culbutaient,
Les fabriquants de vie pullulent,
Il faut que l' espèce copule,
Bien à l' abri sous les futaies.

A coup de griffes et de dents,
Tantôt je lacère et j' enlace,
J' ai fini par creuser ma place,
Toute ensanglantée en dedans.

Tu as bien de quoi pavoiser
Chasseur de peau sans carabine,
Tu peux t' en lécher les babines,
Je suis ta bête apprivoisée.

Tu as bien de quoi pavoiser Chasseur de peau sans carabine, Tu peux t' en lécher les babines, Je suis ta bête apprivoisée.

jeudi 3 mai 2012

toi le frère

  Cranach: Apollon et Diane


Même sans se sentir, ni se voir, même sans
S' effleurer en douceur des pointes de leur penne,
Aux soirs assassinés sanguinolents de peine,
Nos plumes ont léché la mer du même sang.

Je tiens à pleines mains l' ove de ton visage,
Aux creux de ton miroir mes yeux vont se nicher,
Contemplant au cristal de ta ronde Psyché
L' ailleurs miraculeux de ces deux paysages.

Ta voix est hallali des anciennes rapières
Forgée aux nobles quêtes de preux chevaliers,
Gorgée des souvenirs de nos peuples alliés,
Ta voix , ce mémorial qui chante aux vieilles pierres.

Que jamais ce trésor aux grottes ne se terre,
Telle aubépine au lierre je veux t' enlacer,
Mes rimes à tes vers suavement embrassées
Qu' à la face du temps rien ne te fasse taire.




mardi 24 avril 2012

le maillon manquant

Toussaint Dubreuil: Orphée charmant les animaux de sa lyre.

 Ni amphibien saurien surgissant de sa conque,
Ni singe délaissant sa marche à quatre mains,
Ni emplumé bavard poussant au lendemain
Des grandes glaciations un cri humain quelconque;

 Aucun ballet nuptial, aucun artisanat
 Nulle toile tissée, nulle aquatique danse,
Nulle stridulation de la nocturne transe
 Inspirant au poète mille " hosanna ",

 N' est le maillon manquant des chaînes qui libèrent.
 Je crois à l' arrondi des mots des parchemins,
 Au cercle enluminé au bout de tout chemin,
 A la lyre d' Orphée qui dompta le Cerbère.


 

jeudi 12 avril 2012

Qu' est ce que le mal

Michel Ange:Lilith


Est-ce un ange déchu, au refus démodé,
Lucifer, fier élu ,irréelle lumière,
Un " non" précipité aspirant à l' ornière
Où se noie Belzébuth, où patauge Asmodée.

Est-ce une maladie, noir génie, mauvais gène,
Fille de la psychose, enfant de la folie,
La racine endurcie dans la chair amollie
Explosant dans le crime son arbre indigène.

Est- ce un penchant inné à la pente des vices
Quand le corps dévissé au plaisir s' écartèle,
Docile au syphon doux d' une liesse immortelle,
Curieux d' alimenter ses sens toujours novices.

Le mal est privation, absence du divin,
Sous la peau il incruste ses exsangues veines,
Le cri de sa révolte insuffle la déveine,
Le mal, ce livre vide faute d' écrivain.

samedi 7 avril 2012

bouteille à la mer

Signac; la baie


Qui est-tu, toi qui es?
Par quelle parabole
Aux rondes courbes folles
Traces-tu le ciel quiet?

Toi l' inouï maquisard,
En l' infime tu terres
D' inaudibles mystères
Aux ordonnés hasards.

Tu as crée tes doubles
Afin de les plonger,
En leurs remords rongés
Au fiel de leurs eaux troubles.

Dans l' ailleurs lumineux,
Si toutefois j' ai place,
Fais moi briser la glace
Du froid peccamineux.

Je cherche à te toucher
Brisée sur un récif
Aspirant à l' esquif
Sur lequel me coucher.

Sourde au destin qui fonce,
Muette d' oraison,
Aveugle à la saison,
J' attendrai ta réponse.

mardi 27 mars 2012

L' imper espace

Deully: Dante et Virgile aux Enfers



Emprunte les conduits
Des cheminées méridionales,
N' aie crainte de la suie
A la noirceur subliminale.

Le feu fera fondre l' arctique
Du passé momifié,
Toutes les tristesses antiques
Finiront pétrifiées.

En vain le froid te suit
Dans cette retraite infernale,
Au feu les sanglots fuient
Figés en neiges hivernales.

Si le destin défié,
Apposait son sceptre sceptique,
Ton totem déifié
S' imposerait comme un viatique.

lundi 19 mars 2012

Peau céder

Angelo Bronzino: la jalousie ( détail)



Peau céder,
Perdre haleine,
Veines pleines
Posséder.

Ton ventre, ma terre,
Tes yeux, soleils bleus
Des jours graveleux;
Les perdre m' atterre.

Fin de toi, mon effroi,
Mon agonie glaciaire,
Horrible mise en bière
Dans un gouffre de froid.

J' entâche mon rétable
Des peintures pâlies
De nos amours salies
Par d' autres, redoutables.

Sa toile est irisée
Des bouches qui hullulent
La douleur qui pullule,
Tant de liaisons brisées.

Je prie que le mépris
Ne trouve jamais place
En ta foi qui m' enlace
Et qui n' a pas de prix.

Que ne soit pas géole
Mon coeur qui t' idolâtre
Ni la danse folâtre
Des bras qui t' auréolent.

De toutes mes fibres
Ligoter l' angoisse,
Mon vieux mal, ma poisse;
Reste un homme libre.

Tout céder,
Parousie;
Jalousie?
Décédée.


Jalouse - Mlle K par go-moon