jeudi 9 février 2012

Damier

De la Tour: Marie Madeleine


Un soir de sang, le jour s' épanche,
Feu crépuscule, ombre dorée,
Blafarde lune, oeil abhorré,
Feras tu rougir ma nuit blanche?

Le temps s'écoule en perfusion,
Imagerie interstellaire,
Ombre et lumière gémellaires,
Bercez moi de vos illusions.

Entre lave et gelée, quel choix!
Ma délictueuse Psyché,
Idolâtre de Manichée
Ce sombre dilemne t' échoit,

Plus blanche et pure que rosée,
De l' aube au soir toujours en friches,
Jamais la ténèbre ne triche
Une fois l' aurore arrosée.


Quand le couchant mon ciel irise,
Le noir, le blanc entrent en guerre,
Je refuse l' instinct grégaire,
Accordez vous car je suis grise.

mardi 7 février 2012

usager sans fierté




Orfeenix N' aime pas les liens superficiels,
La cuisine , l' humeur, l' air du temps et les fripes,
Qu' on parle vrai, bon sang, du tréfond de nos tripes,
Le terrien quoi qu' on dise est bâti pour le ciel.

Assez des morts vivants, ces consentants otages,
Ces pseudos révoltés hurlant avec la horde,
Bouches grandes ouvertes qui jamais ne mordent,
Mains tendues au butin d' un singulier partage.

Qui donc a des regards transperçant la matière,
Quelle main peut toucher l' âme , tissu précieux,
Quelle oreille entendra tous les cris silencieux
Des affamés du beau, toute leur vie entière.

Désamorçons ce site chargé de virus,
J' aspire à pleins poumons le doux parfum des êtres,
Purifiés des dépouilles de leurs anciens maîtres,
Les tyrans , les traders, les césars, les Pyrrhus;

Ces adulateurs d' or tâché d' encre de suie,
Ces fauteurs d' incendies, d'anciens autodafés,
Assassins du savoir, béotiens empaffés
Ne m' enseigneront pas la lignée dont je suis.

vendredi 3 février 2012

non serviam mortem

Fra Angelico: noli me tangere



Où est ton aiguillon? Où donc est ta victoire?
Ta titanesque guerre n' aura laminé,
Tes sinueuses ruses n' ont contaminé
Aucune étoile éprise des échappatoires.

Tu peux ranger tes pièges, plier tes filets,
Tes simulacres vains, tes mensongers clystères,
Tous tes tours de magie n' ont plus aucun mystère,
Nul ne redoute plus tes lames effilées.

Je sais tes pauvres feintes d' immonde pécore,
Le vice et l' atavisme...Ah! Tu ne m'auras pas!
Qu' importe si parfois mon double dérapa,
Mais non! L' esprit n' est pas mort car je pense encore.


mardi 24 janvier 2012

les sanglots lents des violents

Guérin: Clytemnestre

 Peu importent les routes qui les amenèrent
Aux tortueux desseins des paumes de leurs mains,
Pour tous ceux qu' un oubli plaça sur leur chemin,
Ma vengeance vomit le sort des tortionnaires.

Ni les pleurs ni les âcres cris des Erinyes,
Nulle geôle honnie, nul brasier de géhenne,
Ne sauraient apaiser la légitime haine
Des abîmés au nom d' un mal indéfini.

Ils peuvent bien arguer leur passé, la démence,
Mon coeur sec de pitié crève de leur laideur
Et maudit l' indulgence éhontée des plaideurs
Replongeant la griffure dans la plaie immense.

Aucune guillotine,aucun pénitencier,
Pour l'offense infligée, ni peine capitale,
Vie de perpétuité ou injection létale,
Ne pourront araser ce bancal balancier.

vendredi 20 janvier 2012

come home wealth

Waterhouse: Apollon et Daphné



Le soldat des tranchées aspirant à la trêve,
Malade condamné d' un divin diagnostic,
Oublié du destin au sombre pronostic
Ne tendrait pas plus avidement à son rêve.

Quand la ténèbre haïe hisse son drapeau blanc,
Crevant de l' horizon les murailles opaques,
Quand la crucifixion débouche sur la Pâque,
Le ciel est transparent de bleus sans faux semblants.

Voilà, nous sommes deux pour percer nos blessures,
Entends-tu? mon souffle réapprend enfin à respirer,
Je vois que ton mal être a cessé d' empirer,
Mon regard t' idolâtre et ta voix me rassure.

Franchiras- tu le seuil, mon profane messie,
Seras-tu terrifié par une sainte frousse
De ce sauvage lieu plus cruel qu' une brousse,
Immobile au vantail et le geste indécis?

Ne crains rien, je ne suis que la reine Didon,
Amante sacrifiée insoucieuse du faste,
Si tu m' abandonnais, le dernier de ma caste,
Je me consolerais avec Poseïdon.

Viens, palpe à pleines mains notre ailleurs mordoré,
Ce toit de canopée plus solide que marbre,
Moi ,friable statue, la nymphe de ton arbre,
J'accepte dans mon temple un Phoebus adoré.


dimanche 18 décembre 2011

rhume métaphysique

Jean Delville: la mort d' Orphée.



Pauvre enveloppe en ruine , ah tu as bonne mine!
Où est donc l' élégance des tenues de bal?
Où est ton arrogance du danser tribal?
Te voilà amollie d' un mal qui te lamine.

Mon corps si vulnérable, mon corps affaibli,
Ma loque liquéfiée je te garde en tutelle,
Mon esprit terrifié de te savoir mortelle
Voudrait précipiter l' instant du grand oubli.

Le poison radical...le venin vipérin,
Comme un songe létal insinué aux veines,
Je serais ma Lucrèce d' un soir sacrée reine,
Nouvelle Cléopâtre au bracelet d' airain.

Le stylet sanguinaire aux stries, ces mille routes,
Sculpterait en ma peau,mystérieux parchemin,
Vers un ailleurs confus son ultime chemin,
Pénétrant les artères bruissant sous la croute.

Quand le jour élimé meurt de mélancolie,
Chantonnant ma romance aux fleurs se dévêtant,
Je me fondrais dans l' eau troublée d' un vaste étang,
Ophélie funambule, au fil de la folie.

Ou pyromane hagard, pour effacer mes traces,
J' immolerais mon être asservi au Horla,
Telle Rome ébahie quand le feu déferla,
Empereurs décadents je suis de votre race!

La corde du pendu ferait un beau collier,
Poète suffoquant en une rue obscure,
Aspirant à la paix que ce lien te procure,
Vile déshéritée, de tout souffle spoliée.

Confiance mon enfant, ton voeu s' exaucera,
Entre les maladies, le mauvais vin, l' angoisse,
Tous les tourments du temps plus collants que la poisse,
Sotte humaine, ta mort? La vie s' en chargera.

jeudi 1 décembre 2011

le prix à payer

Blake: Caïn


Si quelque alchimiste me rendait la mémoire,
Pour séparer le vrai de la douce illusion,
Pour ordonner le chaos de mes confusions,
Restaurant les ratures d' un jaune grimoire;

Si quelque sorcière savait la magie
Capable d' assainir le mal des âmes folles,
Emmêlées aux méandres du temps qui s' affole,
Tissant les lendemains du passé assagi;

Si quelque déité m' accordait la victoire,
Sur l' oppressante peur de perdre un peu du sang
Nourrissant mes amours, moi vampire suçant
Les goulées de gaieté de mon échappatoire,

Si un Messie mécène assurait mon salut,
Donnant un sens enfin à de fades souffrances,
Traçant l' itinéraire d'insensées errances
Qui au Livre de Vie n' ont jamais rien valu;

Quand bien même j' aurais le pardon de l' archange,
J' entendrais les reproches de l' inquisiteur,
Réclamant le tribut de mon sort débiteur,
Qui ne connaît de trêve dans aucun échange.